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dimanche 28 mars 2010

"Jugée trop chère par rapport à son efficacité ... "

Le conseil général des Hauts-de-Seine (CG92), à majorité UMP, ne renouvellera pas le marché passé en 2006 avec la société privée Ingeus pour l'accompagnement des Rmistes dans l'emploi, une expérience jugée trop chère par rapport à son efficacité, selon une note du CG92.
Ce marché, conclu à l'époque où Nicolas Sarkozy présidait le conseil général, avait suscité les critiques de l'opposition de gauche (PS, PCF, Verts), certains élus dénonçant une "privatisation" de l'action sociale pour des résultats incertains.
Quatre ans après, "le coût de ce marché apparaît comme important au regard des résultats obtenus par Ingeus", résume une note de synthèse élaborée par les services du CG92 et qui a été récemment dévoilée aux élus.
Les principales critiques portent sur le nombre de personnes accompagnées et sur le maintien dans l'emploi durable. Le marché, dont le budget "devrait s'élever à 18,1 millions d'euros", visait des personnes bénéficiant du RMI depuis plus de deux ans.
Au cours de la période 2006-2010, soit la durée du marché, 5.011 chartes d'adhésion ont été signées, sur un objectif initial de 6.500, ce qui constitue "clairement un motif d'insatisfaction", "d'autant que les moyens de communication déployés et facturés par le prestataire ont été très importants" (990.890 euros), souligne la note.
Sur ces 5.011 personnes accompagnées par Ingeus, 2.121 ont obtenu un emploi, un taux de 42% qui "peut paraître important", mais seulement 492 bénéficiaires sont restés dans l'emploi au bout de douze mois, contre un "objectif contractuel de 900 bénéficiaires au minimum".
Sur les autres retours à l'emploi, 708 n'ont duré que six mois et 918 n'ont duré que trois mois, des résultats jugés "très insuffisants".
"Avec la mise en oeuvre du RSA, le département des Hauts-de-Seine pourrait désormais confier le placement dans l'emploi principalement à Pole emploi, au travers, par exemple, d'une convention de partenariat", conclut la note.

Au plan national, le gouvernement a fait le choix en 2009 de recourir à des structures privées pour accompagner 320.000 chômeurs, en complément de Pôle emploi, bien que les évaluations démontrent que la plus-value du service public, quand il met les moyens, est supérieure à celle des opérateurs privés.
Ingeus, filiale d'une entreprise australienne, a été écartée du marché malgré une présence en France depuis 2005. L'Australie a privatisé à partir de 1998 l'accompagnement des chômeurs.

lundi 22 février 2010

Le bon petit toutou à Sarkozy !

Eric Besson a dressé le 19 janvier dernier le bilan d’une année au ministère de l’Immigration marquée notamment par l’expulsion de quelque 29.288 étrangers en situation irrégulière, un chiffre supérieur à l’objectif de 27.000 assigné par le président Nicolas Sarkozy.Besson, nommé il y a juste un an en remplacement de Brice Hortefeux, a fait presque autant que son prédécesseur qui avait expulsé 29.799 sans-papiers contre un objectif de 26.000.

En revanche, la France a délivré 173.991 titres de séjour en 2009, dont 27.966 à titre professionnel, 74.008 dans le cadre du regroupement familial. 10.864 titres de séjour ont été également délivrés aux réfugiés et membres de leurs familles alors que le nombre de demandeurs d’asile a été de 47.000 personnes. Ce chiffre fait de la France le premier pays européen et le deuxième dans le monde pour le nombre de demandes d’asile reçues.

Dans le même temps, 108.275 étrangers ont acquis la nationalité française, soit presque autant qu’en 2008 (107.000), des résultats qui placent aussi la France en tête des pays européens pour l’acquisition de la nationalité. Globalement, l’immigration a baissé de 3,7% par rapport à 2008, ce qui s’explique, selon Besson, par une diminution de l’immigration familiale (-12,3%) et professionnelle (-15,3%), cette dernière étant induite par la détérioration de l’emploi dans toute l’Union européenne.

Alors que des salariés clandestins ont multiplié ces derniers mois des manifestations pour réclamer des papiers, Besson a indiqué que 6.000 personnes ont été régularisées, dont 2.800 par le travail et 3.200 pour des "raisons humanitaires".

Le transfuge du PS, régulièrement critiqué par les associations de défense des droits des immigrés, a répété qu’il n’y aurait pas de "régularisations massives" mais qu’elles se feraient "au cas par cas et sur critères".
"Ceux qui sont entrés illégalement en France ont vocation à être reconduits", a-t-il dit.

Pour illustrer la politique "d’humanité et de fermeté" qu’il revendique, Besson a souligné que la lutte contre l’immigration clandestine s’était accrue: 145 filières ont été démantelées (+44%), 4.750 trafiquants ont été interpellés (+10%) et 1.400 opérations conjointes ont été menées contre les employeurs d’étrangers sans titre de séjour (+12%).

L’éloignement des étrangers en situation irrégulière coûte à l’Etat environ 232 millions d’euros par an, soit 12.000 euros par reconduite, selon des chiffres communiqués il y a quelques mois par le ministère. La Cimade a évalué à 27.000 euros le prix de chacune des 20.000 reconduites forcées réalisées en 2008.

En 2010, la France souhaite conclure trois nouveaux accord de gestion des flux migratoires, après les neuf signés depuis 2007 (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Cap Vert, Congo, Maurice, Gabon, Sénégal et Tunisie). Besson a aussi annoncé la mise en oeuvre d’une nouvelle génération d’accords avec des pays africains devenus terres d’immigration. Il prévoit dans ce cadre une tournée qui le mènera à Luanda (Angola) et à Malabo (Guinée équatoriale). Il entend aussi "rénover" les relations migratoires avec les pays du Maghreb d’où sont issus une grande partie des 3,5 millions d’immigrés que compte la France.

jeudi 28 janvier 2010

Ca se jouait sur TF1 lundi soir ... !

Quelques jours de trêve hivernale. Et voilà Sarkozy qui reprend sa grande offensive médiatique.
Première étape : lancer ses lieutenants au front. On l’a vu, Eric Besson a eu droit à une émission fabriquée sur-mesure sur France 2 : un portrait psychologisant à faire pleurer dans les chaumières, et deux vrais-faux débats. L’un avec Marine Le Pen histoire de recentrer le bonhomme, et l’autre avec Vincent Peillon qui au dernier moment a préféré éviter se prêter à cette farce courtisane.
Sur France 2, toujours, Benoit Duquesne consacrait cette semaine un numéro de son émission Complément d’Enquête à la délinquance sobrement intitulée : "Vols, cambriolages : les Français sur le qui-vive". On y voyait des Français s’équiper de pistolets d’alarmes, flashballs, monter des tours de garde avec chiens en laisse dans leurs résidences, des commerçants tester tous les nouveaux systèmes de sécurité à la mode etc... Le tout largement approuvé par le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, évidemment !
Il ne faut jamais faire d’angélisme sur les questions de sécurité, mais nous sommes ici devant une tendance toujours renouvelée des chaînes de télévision à ressortir ce type de thématiques à quelques semaines d’échéances électorales qui pose question.

Mais le meilleur s'est passé lundi soir sur TF1. Décidément indépassable lorsqu’il s’agit de dérouler le tapis rouge au président, la Une avait concocté une soirée spéciale à Nicolas Sarkozy. Au début, rien que de très classique : une interview de Nicolas Sarkozy dans le cadre du 20 heures dans laquelle il n'est rien ressorti, sinon quelques banalités, des formules toutes faîtes et quelques contre-vérités, comme d'accoutumée me direz vous, si l’on en juge par les dernières prestations du président.

Aux grands maux, les grands remèdes. Le Président est en mauvaise posture. La Une se devait de réagir. Invitée dans les locaux du Républicain Lorrain à répondre aux questions des lecteurs, Laurence Ferrari a dévoilé la lumineuse idée qui aurait germé dans les cerveaux des créatifs de TF1(Et oui, apparement, ils en sont encore capables !!!) : confronter le Président à des vrais Français !! Du jamais vu, sinon sous Chirac et lors de la dernière campagne présidentielle. Bref du resuçé comme à chaque fois qu’on prétend renouveler le genre histoire d'appâter le chaland.

Le président de la République a donc été confronté à dix "vrais" Français sélectionnés pour leur apparition dans des reportages récents sur TF1.
Et à quelques semaines des régionales, c’est Jean-Pierre Pernaut, pape des régions et de leurs produits dérivés, sarkozyste convaincu qui joua les passeurs de plats pour aborder les "vraies" préoccupations des "vrais" Français. Toujours étonnant ce souci de marteler l’effet de réalité pour mieux faire oublier la totale scénarisation du spectacle politique.

Et donc lundi soir, à croire que l’Elysée avait prévu un train de réformes de fond, et de combles, impliquant des mesures structurelles et budgétaires conséquentes, tant sur l’emploi, que sur l’éducation et l’enseignement universitaire, mais aussi sur l’agriculture et la petite entreprise, avec force dégagement de crédits et promesses d’intervention immédiate en faveur de tous les secteurs concernés,chacun des interlocuteurs sélectionnés par TF1 est reparti avec quelque chose dans sa besace.Il n’était plus question, au Château, de les faire passer à l’improviste.

Lundi soir, c’était oui pour tout le monde. La chose avait visiblement été pensée bien avant, mais il ne s’agissait surtout pas d’en laisser l’effet d’annonce à un membre du gouvernement sortant du Conseil des ministres, à une député furtif de la majorité lâchant le morceau prématurément, voire à un secrétaire d’Etat entre deux chambres ou un communiqué évaporé à l’AFP. Nicolas Sarkozy était d’accord avec tout, partageait les réticences et les indignations de chacun, quitte à surenchérir en expliquant, dossier bien en tête, le côté scandaleux de chaque situation : "C’est insupportable, je ne laisserai pas, ne comptez plus sur moi, je n’accepte pas, il est intolérable que, je ne veux plus entendre" !!! Un Martien débarquant à l’improviste croirait tomber sur le chef de l’opposition. A Laurence Ferrari, qui l’interroge sur l’affaire Proglio, il oppose "La responsabilité des syndicats qui exigent le maintient de leur patron à la tête de Véolia" au "seul désir de polémique stérile des partis politiques".

Pas une question ne le met mal à l’aise, il connaît chaque dossier sur le bout des ongles et se permet de temps en temps un chiffre, une date ou une statistique sous le regard médusé de son interlocuteur. C'est à se demander si les sujets n'ont pas été préparés entre TF1 et la présidence. A croire que le Président de terrain, toujours en première ligne, prêt à monter au front, s’est laissé convaincre d’adopter la stature du commandeur, avec le recul de rigueur qui sied à l’arbitre rassembleur. "Français, mes amis, je partage votre colère". Même la gestuelle semble avoir été travaillée avec des tics en déflation et une élocution sérénisée.

Bien mise en scène, réglée comme un coucou suisse, la prestation nous révélé un Nicolas Sarkozy en parfaite possession de ses moyens, plus pertinent et opérationnel que jamais, prêt à prendre la défense du citoyen contre les paresseux, les nantis, les tricheurs, les arrogants, les puissants et les profiteurs qui l’ont porté au pouvoir, bien malgré lui, et dont il défend les intérêts, bien malgré lui. Nous avons assisté lundi soir sur TF1, non plus à un festival, mais à un palmarès de marketing politico-médiatique. Ce ne fut pas seulement le triomphe de l’image, mais celui de la télé d’Etat, ci-devant TF1, au cours d’un documentaire en direct, somme toute terriblement ennuyeux ...

vendredi 25 décembre 2009

La France va mieux que les autres ... Sarkozy n'y est pour rien !

Pour sa deuxième conférence de presse (je rappelle qu'il en avait promis deux ou trois par an), Nicolas Sarkozy n'a pas pris trop de risques. Il a invité à la dernière minute les journalistes économiques, et leur a demandé explicitement de limiter leurs questions à l'économie. Ceux-ci ont été très disciplinés.

Surtout, il a donné cette conférence pour annoncer un plan de revitalisation de l'économie contre lequel il est difficile d'être scandalisé : plus d'argent pour les universités, plus d'argent pour la recherche, plus d'argent pour les énergies renouvelables, etc ...
Enfin, le moment est bien choisi : la France vient d'annoncer qu'elle terminera l'année avec une récession inférieure à celle des voisins : le recul est de 2,2%, à comparer aux -5% allemands, aux -4,7% britanniques et aux -4,6% espagnols ...

Les questions ont été polies, y compris celle du directeur de "Libération", Laurent Joffrin, qui a commencé par saluer la performance économique de la France dont, suppose-t-il, "il serait injuste de dire que le gouvernement n'y est pour rien".
Eh bien, soyons "injustes" ! La vérité, c'est que gouvernement n'est pour rien dans la performance française (si tant est qu'on puisse appeler "performance" une baisse de la croissance de 2,2% !).

Certes, Nicolas Sarkozy a eu raison de ne pas écouter, fin 2008, les sirènes orthodoxes, surtout dans son camp, selon lesquelles toute relance serait catastrophique pour les comptes publics. Il donc a fait ce que tout gouvernement occidental a fait : il a laissé jouer les "stabilisateurs automatiques", c'est à dire qu'il n'a pas cherché à compenser par des coupes budgétaires les baisses de recettes fiscales liées à la crise (moins d'activité = moins de TVA).
Il a laissé le déficit s'accroître, comme l'ont fait tous ses collègues européens et américains. Et il n'a pas appuyé aussi fort que d'autres sur la pédale : Londres et Washington, par exemple, ont engagé des mesures bien plus massives en faveur des ménages.

Pourquoi dès lors la France a connu une récession moindre ? Pour trois raisons.

1. La première, c'est que l'économie française est moins "financiarisée" que les économies anglosaxones, et elle n'a pas subi de plein fouet l'éclatement de la bulle.
2. La deuxième raison, plus cruelle, est rappelée par l'économiste Patrick Artus dans "Libération" : la France a été moins touchée parce qu'elle s'est "désindustrialisée". La chute de la demande globale a frappé de plein fouet les grands exportateurs de biens d'équipement, dont la France ne fait plus partie. Artus donne des chiffres : l'emploi industriel ne s'élève qu'à 12% en France, contre 20% en Allemagne, les exportations représentent 22% du PIB en France, contre 50% en Allemagne…
3. Enfin, la France a été protégée par cet Etat-providence que Sarkozy rêve d'effilocher. Lors de sa conférence de presse, il a de nouveau comparé, avec une moue, le poids des dépenses publiques à celui des autres pays. Rendez-vous compte, "52% en France contre 42% en Allemagne" ! Pire, a-t-il même ajouté, "Nous avons dépassé la Suède !"

Paradoxalement, c'est cette importante dépense publique (pour la santé, l'éducation, la sécurité économique ou physique des citoyens) qui a permis d'amortir le choc de la crise. Par nature, la dépense publique est bien moins sensible aux aléas de la conjoncture que ne l'est la dépense privée.
Certes, il n'est pas très heureux de voir la France perdre du terrain sur les marchés internationaux et il est sain de s'assurer que la taille de l'administration publique n'est pas démesurée en comparaison aux services qu'elle rend.
Mais s'il est question de tenir un discours de vérité, il faut reconnaître que, pour une fois, ce sont ces "handicaps" qui ont permis aux Français d'être un peu mieux protégés que les autres contre la crise, et pas les quelques cadeaux fiscaux aux ménages aisés ou aux patrons de restaurants.

vendredi 4 décembre 2009

Nicolas n'aime pas les photos ... !

Platon, photographe attitré du célèbre magazine new-yorkais "The New Yorker", a tiré le portrait de 49 dirigeants du monde. Le président français, qui "déteste les photos", est absent de cette impressionnante galerie.
Pourtant, ils sont presque tous là. Il y a Barack Obama, sérieux. Silvio Berlusconi, narquois. Dmitri Medvedev, toisant. Mais aussi Gordon Brown, Mahmoud Abbas, Mahmoud Ahmadinejad, Robert Mugabe, ou encore Mouammar Kadhafi et Hugo Chavez.
Au total, ce sont 49 chefs d'État et de gouvernement qui ont posé pour Platon, le photographe du prestigieux magazine américain "The New Yorker". La séance photo s'est déroulée en septembre dernier, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, et s'est étalée sur cinq jours.

Parmi les absents de marque, Hu Jintao (Chine), Angela Merkel (Allemagne) mais aussi Nicolas Sarkozy. Le président français n'a pas voulu se prêter à cette exceptionnelle séance de photographie. Platon, interviewé par la radio américaine NPR, raconte l'échec de sa tentative d'approche auprès de Nicolas Sarkozy :
"Il était si impoli et agressif. C'était un choc pour moi. Quand je lui ai tendu la main, il l'a regardée et a refusé de la serrer. Il a dit (en français dans le texte, ndlr) : " Qu'est-ce que c'est ?! Non! Je déteste les photos!". Et il est parti en agitant la main en l'air et en criant: "Je déteste les photos"."

Si le photographe a pu installer son studio à deux pas des marches de l'Assemblée générale après un travail préparatoire de plusieurs mois des équipes du magazine auprès des délégations, il évoque également la difficulté à convaincre les dirigeants de se laisser tirer le portrait. "Pour eux, c'est pire que d'aller chez le dentiste", raconte-t-il.
Mais malgré un emploi du temps plus que serré, ils sont nombreux à accepter de consacrer 15 à 20 minutes à Platon. Pour eux, il s'agit aussi d'une reconnaissance. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ainsi, demande qu'on le "prenne à [son] avantage".
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, lui, inspire un sentiment "étrange" à Platon. "Il est très petit. Son esprit est presque enfantin. Il ricane comme un enfant. Mais il y a cet énorme entourage autour de lui, loin d'être enfantin. J'ai essayé de saisir cet air naïf dans son visage", témoigne le photographe. Qui avoue aussi que Jacob Zuma, le président sud-africain, "se moque" franchement de lui ...

samedi 14 novembre 2009

La dette et Nicolas ...

Il ne suffit pas de se lamenter sur les déficits publics. Il faut aussi se demander quels desseins politiques ils avantagent. L’ultralibéralisme, assurément.

Dans les années 70, on disait : "Au-dessus de 500 000 chômeurs, la France explose."
Dans les années 2000, l’adage devint : "Au-dessus de 1 000 milliards de dettes, la France implose."
Dans les deux cas, nous avons largement dépassé le cap, et la France est toujours là.
Avec du chômage (10 % à la fin de l’année) et de la dette (1 518 milliards d’euros à la fin de l’année).

Disons-le tout de suite : il ne sert à rien de pleurer sur le lait renversé.
La récession la plus violente qu’a connue le pays en 2008 et 2009 commandait de laisser filer les déficits. La dépense publique a remplacé la demande privée, ce qui a permis à l’économie de ne pas sombrer. On aurait pu changer quelques détails, mais rien au principal.

Inutile donc de crier "la dette, la dette, la dette ! " ou de se lamenter sur la disparition des critères de Maastricht. La dette, nous l’avons sur les bras. Et pour longtemps. Selon les projections mêmes du gouvernement, elle atteindra 91 % du PIB en 2012. Et il n’y aurait aucune chance de la voir régresser avant 2015. De quoi dire, parodiant François Mitterrand en un sanglot : "Contre la dette, on a tout essayé !"

En revanche, une question mérite d’être posée : que Nicolas Sarkozy fera-t-il de cette dette dont plus du tiers aura été amassée sous son quinquennat ? Certains à gauche, au centre, croient identifier le futur talon d’Achille de sa campagne électorale de 2012. Ce sera l’heure des comptes, et il faudra bien que le président assume une telle impéritie devant les électeurs !
Un boulevard s’ouvrirait pour l’opposition ?

Et si c’était tout le contraire. La dette peut très bien ouvrir le chemin de la victoire au président de la République. Mieux, en grossissant chaque jour, elle donne d’autant plus de corps au projet libéral. Car, pour la maîtriser, le plus simple, le plus compréhensible aux yeux de l’opinion, n’est-il pas de réduire la dépense ? Et qu’est-ce qui dépense ? L’Etat "obèse" d’une part, la protection sociale "dispendieuse" de l’autre ! Le concept curieux de "bonne" et "mauvaise" dette est déjà installé dans le débat public, sans faire plus débat, depuis le même discours de Versailles. On sait chiffrer les mauvais déficits, dits "structurels" : 30 milliards du côté de la Sécurité sociale, une quarantaine du côté de l’Etat. Trois pour cent du PIB, en somme.
L’opposition, poussée à réclamer des hausses d’impôts, est piégée. Le projet est déjà à l’œuvre. Pourquoi le président de la République avance-t-il à 2010 la négociation sur l’avenir des retraites prévue initialement en 2012 ? Parce que, l’an prochain, les recettes de la Sécu, indexées sur la masse salariale, seront au plus bas, à cause de la crise. On dira alors : "Regardez, si nous continuons comme cela, la dette va encore augmenter."
Contre une hausse des cotisations, les solutions "individuelles" seront alors mises en valeur.

L’Etat lui-même n’y échappe pas. Si l’on réduit le nombre de fonctionnaires, c’est au nom du combat contre les déficits. Deux cent mille postes, 5 % des effectifs, ont disparu depuis 2007, un véritable plan social !
Il ne s’agit pas de s’attaquer à l’Etat providence, par pur plaisir pervers et ultralibéral. Depuis longtemps, l’élite française cherche à retrouver "la compétitivité" sur la scène économique mondiale. Le raisonnement est, là encore, simple, voire simpliste : les grandes entreprises françaises, dans leur combat contre la concurrence, sont lestées de taxes destinées à nourrir l’ogre étatique et social.
La France aurait 4 points de PIB d’impôts de trop par rapport à ses partenaires européens. Réduire ce fardeau est une obsession. En 2007, Nicolas Sarkozy avait ainsi tenté de faire passer la TVA sociale, qui permettait de retirer 4 à 5 milliards d’euros de charge aux entreprises en les reportant sur les consommateurs. Il dut reculer devant la bronca des électeurs. Peu de gens ont remarqué qu’en supprimant la taxe professionnelle (10 milliards en année pleine), le président de la République vient de réussir là où il avait échoué, et bien au-delà, en tirant un nouveau chèque sur l’avenir. Le grand emprunt lui-même est frappé du sceau de la compétitivité, puisque les projets qui seront financés devront être "rentables immédiatement".

Moins de fonctionnaires, moins de protection sociale, moins d’impôts et des entreprises plus profitables : c’était déjà le programme de Nicolas Sarkozy en 2007. La crise l’avait interrompu. La dette le remet à l’ordre du jour pour 2012.

vendredi 30 octobre 2009

Ce cher "Sarkoshow" ...

Les cent quatre-vingt-quatre jours de présidence française de l’Union européenne, au second semestre 2008, auront coûté aux contribuables français entre 171 et 176 millions d’euros, soit environ 950 000 euros par jour. Ce chiffre émane d’un rapport spécial de la Cour des comptes commandé par le Sénat et débattu en séance publique le 20 octobre devant la Commission des finances de l’auguste assemblée.

En réalité, la somme finalement dépensée est inférieure au budget de 190 millions d’euros prévu à l’origine. Cette somme a servi à organiser les réunions ministérielles se déroulant en France (les conseils des ministres dits "informels"), les conseils européens des chefs d’Etat et de gouvernement (dont les frais sont en partie couverts par le budget européen), ainsi que les différentes manifestations culturelles liées à la PFUE (Présidence Française de l'Union Européenne). La somme peut paraître astronomique, surtout si l’on compare avec les dépenses exposées par les présidences autrichienne, finlandaise, portugaise ou slovène, comprises entre 70 et 80 millions d’euros. Mais «on attend davantage d’une présidence française», précise Pierre Sellal, secrétaire général du Quai d’Orsay et ancien représentant permanent de la France à Bruxelles. D’autant que Paris a dû multiplier les réunions extraordinaires, entre la guerre en Géorgie et la crise financière et économique, sans compter les sommets avec les pays tiers. Jamais auparavant, les chefs d’Etat et de gouvernement ne se sont rencontrés à un tel rythme. Malgré tout, la France a moins dépensé que l’Allemagne, au premier semestre 2007 (180 millions d’euros), ce que reconnaît la Cour des comptes.

En réalité, la Cour ne pointe qu’un vrai dérapage, le sommet de l’Union pour la Méditerranée du 13 juillet 2008 : la réunion des 43 chefs d’Etat et de gouvernement du pourtour méditerranéen a coûté 16,6 millions d’euros. "Cela est dû à l’organisation tardive de ce sommet, puisqu’il a fallu attendre jusqu’au dernier moment pour savoir s’il aurait lieu, rappelle Sellal. Et on paye l’absence d’un centre de conférences internationales à Paris, capable d’accueillir 43 chefs d’Etat et de gouvernement et 1 900 journalistes." C’est Jacques Chirac, alors maire de Paris, qui avait bloqué le projet mitterrandien d’un tel centre…
Une sauterie qui a coûté 1.010.256 euros : Le député Dosière s’est penché plus spécialement sur le sommet de Paris pour l’Union pour la Méditerranée (UPM). Gloups, fait le député: "Un dîner des chefs d’Etat pour un coût de 1.010.256 euros, soit 5.050 euros par personne", est anecdotique mais surréaliste, "l’installation – pour 4 heures !– d’une douche à l’usage du président, pour un prix de 245.772 euros". "Apprendre que le chef de l’Etat organise, avec l’argent des Français, un repas qui coûte 5 fois le Smic par personne, c’est intolérable", s’indigne Dosière.

Sur le sommet de l’UPM, le porte-parole du Quai d’Orsay avance l’absence, à Paris, de centre de conférences internationales, obligeant à "aménager, de manière ponctuelle et provisoire, le Grand Palais" : "les frais engagés ont été plus importants", admet le porte-parole, qui rappelle l’ampleur "inédite" de ce sommet. "Une forme de record" avait aussi relevé la Cour des comptes... mais par le caractère irrégulier des procédures suivies et son impact massif pour les finances publiques".
Un argument qui ne fait pas recette auprès des parlementaires. Le député UMP, Jérôme Chartier appelle tout le monde à freiner sur la dépense publique. "L’exemple doit venir tant de l’exécutif que du Parlement." Il a lui aussi tiqué sur la douche : "Je vais rentrer dans les détails du rapport pour comprendre comment une douche peut coûter 240.000 euros, cela me paraît bien cher. ... !"
Nicolas Dupont-Aignan, président du parti Debout la République, dit franchement son raz-le-bol du bling-bilng: "On est une société qui marche sur la tête avec une arrogance de l’argent. On privilégie toujours la com’, les paillettes, et les paillettes ça coûte cher et ça ne produit pas de résultat."

Pierre Moscovici (PS) juge "beaucoup trop élevé» le budget de la présidence de l’UE. Les Français paient pour le Sarkoshow", déplore-t-il, estimant qu’"il aurait fallu une présidence plus modeste et plus économe d’autant que la crise éclatait".
La Cour pointe une "programmation excessivement touffue" (489 manifestations, dont 9 sommets internationaux, 25 réunions interministérielles, 328 séminaires, des symposiums, etc.) et "l'utilité publique et politique variable" de ces événements. L'institution présidée par Phillipe Séguin dénonce aussi de petits arrangements avec les procédures. "Trop d'événements ont été organisés dans l'urgence, est-il écrit dans le rapport. Il en est résulté des accommodements avec les règles de mise en concurrence."
Ce rapport vient d'être remis à la Commission des Finances du Sénat, qui l'avait commandé en octobre 2008.

vendredi 23 octobre 2009

Le Prince Jean ou le népotisme à la française ...

Il s'agissait de l’élection, prévue le 4 décembre prochain, d'un certain Jean Sarkozy, le fils de ..., à la tête de l’Etablissement public d'aménagement de la Défense (EPAD). L’opération politique avait été planifiée depuis l’été. Elle consistait à mettre un jeune homme de 23 ans qui a redoublé sa deuxième année de droit et n’a aucune expérience du monde des affaires à la tête de l’organisme responsable de l’aménagement d’un des plus grands quartiers d’affaires d’Europe avec un budget de 115 millions d'Euros.

La veille, le Prince Jean était venu lui-même répété sur le plateau de France 3 Ile-de-France les arguments mécaniques ressassés à l'envie par les supporteurs du Président: "j'ai été élu". Bien sûr mon garçon. Ton expérience te disqualifie pour être assistant juridique à l'EPAD, le même établissement dont tu brigues la Présidence. L’héritier évita soigneusement de réagir aux interrogations quand à l’importance de son nom dans la rapidité de son parcours politique. " Nous sommes la risée du monde entier" a rappelé, quelques heures plus tard, François Bayrou. Jean Sarkozy est lui la risée du Web. Les sondages dénoncent cette "élection-nomination". Et le Canard Enchainé rappelle comment l'Elysée a manoeuvré pour placer le Prince Jean : Pistonné pour être candidat dans un canton protégé de Neuilly-Sur-Seine, le fils Jean a rapidement " convaincu" le député-maire de Meudon Hervé Marseille de lui laisser sa place d'administrateur de l'EPAD ("On s'est mis d'accord entre nous sans voter" explique ce dernier !). Quand au président sortant, Patrick Devedjian, un décret était prêt, cet été, pour lui permettre de poursuivre son mandat malgré ses 65 ans. L'Elysée a bloqué ...

Jean Sarkozy trouvera certainement des gestionnaires compétents pour administrer l’organisme à sa place. Car l’opération est surtout politique. Cette présidence était une étape dans la conquête de la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine en 2011. Ce département, où le revenu moyen est trois fois plus élevé qu’ailleurs, est depuis toujours un château fort de la droite. De Charles Pasqua à Patrick Balkany, c’est aussi le lieu de tous les scandales politico-financiers.
Et Nicolas Sarkozy n’a pas l’intention de laisser un concurrent s’emparer de cette chasse gardée. Matignon avait souhaité prolonger le mandat de Patrick Devedjian à la tête de l’EPAD, mais l’intéressé a le défaut de ne pas être un inconditionnel. On aurait pu laisser le vice-président Hervé Marseille briguer la présidence. Mais celui-ci vient opportunément d’être nommé (par l’Elysée) au Conseil économique, social et environnemental. Le 23 octobre, il cédera donc son poste d’administrateur au dauphin Sarkozy.

Pour sa défense, Jean Sarkozy n’a pas complètement tort de dire qu’il n’a jamais été “nommé” nulle part. Il oublie de préciser que le seul scrutin qu’il a vraiment remporté s’est tenu à Neuilly, la ville qu’a dirigée son père pendant vingt ans. Au conseil général, où il préside le groupe UMP, et à l’EPAD, il s’agit d’élections par des pairs. Autrement dit, des élus de la majorité, dont l’avenir politique dépend entièrement du président.
Car Nicolas Sarkozy a aussi refusé, comme l’aurait exigé une certaine tradition, de laisser l’UMP à un éventuel concurrent. Il a ainsi conservé la haute main sur les candidatures, et peut donc décider de la vie ou de la mort des élus du parti. Froid stratège dépourvu de la moindre pudeur, le président a probablement jugé qu’il valait mieux agir immédiatement, malgré le tollé, plutôt que trop près de l’élection présidentielle.

Tout cela ne fait qu’ajouter à l’atmosphère d’impunité politique qui règne ces jours-ci en France. Car il ne faut pas oublier les blagues de mauvais goût sur les étrangers du ministre de l’Immigration Brice Hortefeux. Sans compter l’affaire Clearstream, un procès dans lequel le président, qui jouit de l’immunité pénale, se permet de poursuivre personnellement un ancien adversaire politique, Dominique de Villepin, et de traiter publiquement les accusés – présumés innocents – de “coupables”.
Dans tous ces incidents, le gouvernement a fait bloc sans reconnaître l’ombre d’une faute. Or, dans toutes ces “affaires”, ce n’est pas la gauche que le président est en train de mécontenter, mais bien le “peuple de droite”. Le candidat Sarkozy n’avait-il pas dénoncé les élites de Saint-Germain-des-Prés, ces soixante-huitards qu’il accusait de laxisme, d’avoir transgressé tous les interdits et de n’avoir plus de morale ?

samedi 26 septembre 2009

La rafle de ... Calais !

La "jungle", le principal campement de migrants sans-papiers, près de Calais, a été démantelé en à peine deux heures, malgré la résistance de militants associatifs. On ne peut que se sentir très choquée des méthodes employées par les autorités.
Bulldozers, pelles hydrauliques, CRS et policiers, l’armada gouvernementale a détruit mardi matin à l’aube, la "jungle" de Calais. Et après ? Qu’adviendra t-il des quelque 300 migrants interpellés, dont certains ont été relâchés et sont déjà sur le chemin du retour… vers Calais !

Sur les lieux, personne ne s'attendait à assister à ces scènes vraiment surréalistes, à cette opération de démantèlement vraiment horrible, avec une violence inutile et démesurée. Il y avait des pleurs, des évanouissements. Des mineurs ont été embarqués et envoyés de force vers Metz. Les majeurs ont été placés en garde à vue pour être auditionnés avant d'être placés dans des centres de rétention s'ils refusaient les propositions d'Eric Besson.
Quelle honte pour notre pays !!!

Le ministre de l'Immigration a déclaré qu'il entendait procéder à d'autres opérations de démantèlement comme celle de Calais dans les semaines à venir et Eric Besson en est bien capable. Mais cela ne changerera rien. Tout cela n'est qu'un coup médiatique. Il est inutile d'imaginer que la situation va se résorber de cette façon. Les exilés ne vont pas disparaître en fermant des "jungles", le meilleur "exemple" ayant été constaté avec Sangatte, qui est un échec cuisant. Les migrants vont disparaître et se disperser pour ... revenir après.

On peut au moins s’accorder sur deux points avec Eric Besson. Depuis des mois, la présence de ces sans-papiers vivant dans des conditions insalubres et inhumaines, en attente de l’improbable Eldorado britannique, est inadmissible et insoutenable. La loi des passeurs qui s’est instaurée sur le terrain, véritables proxénètes de l’exode, est aussi intolérable.
Mais comment penser qu’une intervention policière menée au petit matin dans des camps de fortune est une solution ?

Depuis Sangatte, la réalité est que la France, mais aussi l’UE, n’a pas su faire face au problème des migrants. L’afflux de sans-papiers dans ces "jungle" de Calais, mais aussi à Lampedusa, à Gibraltar ou ailleurs, appelle un plan européen d’envergure. Le seul renforcement des frontières extérieures, préconisé par Eric Besson, ne résoudra rien ...
La loi sur l'immigration française doit changer. Les migrants sont devenus des "patates chaudes" que l'on transfère d'un pays européen à l'autre. Çela ne règle en aucun cas le problème. Il est impératif de créer des structures adaptées, pas comme celle de Sangatte. Aujourd'hui, un sans-papier ne peut déposer de demande d'asile et n'a d'autre choix que de retourner vivre dans des jungles comme Calais. Il faut arrêter de traiter les migrants comme du bétail et des sous-hommes.
Il faut donc que les nations du Vieux continent adoptent des positions communes sur les flux migratoires, négocient des accords d’entraide avec les pays d’origine, régulent les entrées sur leur territoire et adoptent un système d’asile. C’est à ce seul prix que l’on pourra peut-être mettre fin à ces indignes "opérations de nettoyage".

En revanche question théatre ... le show médiatique de Besson a été magnifiquement orchestré même si évidemment terriblement ridicule et lamentable, car il ne manquait plus que le clap de fin pour que le spectacle soit parfait …
Le déplacement en fanfare d’Eric Besson, entouré d’une forêt de caméras, sur le site de cette fameuse "jungle" de Calais, où étaient retranchés depuis des mois plusieurs centaines de jeunes sans-papiers, avait quelque chose d’indécent. Si quelque chose peut faire détester la politique, c’est bien ce type de mise en scène réglée au cordeau : images en plans rapprochés d’interpellations musclées, zoom avant sur l’arrivée de Besson encadré d’une phalange de cols blancs, la mine spartiate, commentaire en appoint du même ministre avec en fond d’écran quelques sans-papiers énergiquement embarqués : comme si vous y étiez ...

Ou comment un membre du gouvernement, englué jusqu’il y a quelques jours encore dans une polémique embarrassante sur les tests ADN, tente de se refaire une image à bon compte en allant nettoyer au pas de charge un campement de réfugiés. Show devant ...

Informer n’est pas communiquer et dans ce contexte précis on peut s’interroger sur le rôle et le statut des journalistes et des équipes de télévision convoqués et présents en grand nombre à Calais: ce fameux corps intermédiaire, vigile de nos libertés individuelles et garant d’une information objective et distanciée, transformé pour l’occasion en support technique du plan de com’ d’un membre du gouvernement! Tout ce cirque m’a aussi choqué. cette théâtralisation est indigne d'un pays comme le notre. On aurait souhaité moins d’esbroufe et de roulements de mécanique, moins de caméras et de micros tendus : plus de retenue, de sobriété et d'analyse ... .

lundi 14 septembre 2009

Loi pénitentiaire : un remède pire que le mal ?

Le 22 juin dernier, Nicolas Sarkozy, devant le Congrès réuni à Versailles, avait qualifié la prison de "honte pour la République".
Du mardi 15 au mardi 22 septembre, se tient à l’Assemblée nationale, l’examen par les députés du projet de loi pénitentiaire, après son adoption en mars dernier par les sénateurs. Si les commissions d’enquête parlementaire, en 2000, avaient décidé de mettre "La France face à ses prisons" et qualifié cette dernière d’"humiliation pour la République", force est de constater que le texte soumis aujourd’hui aux députés après son adoption par les sénateurs est loin d’engager la réforme du droit de la prison et des droits des prisonniers réclamée depuis une dizaine d’années par l’ensemble des acteurs du monde carcéral. Quant à la procédure d’urgence décidée par le Gouvernement, elle réduit d’autant la marge d’intervention du législateur pour résorber la crise profonde de l’institution pénitentiaire en y affirmant la prééminence du droit et le respect absolu des droits de l’homme.

Chacun a en mémoire Guy Canivet, l’ancien premier président de la Cour de Cassation exprimant avec force, en 2000, la nécessité d’une loi fondamentale affirmant les "droits" des détenus. Chacun se rappelle le lancement du chantier de la loi pénitentiaire, à l’été 2007, par une Rachida Dati, affirmant la nécessité d’un texte régissant les "droits et devoirs" des détenus. Et chacun entend aujourd’hui son successeur, Michelle Alliot-Marie, évoquer la réforme qui lui a été laissé en héritage en choisissant d’utiliser le vocable de "devoirs et droits" des détenus. L’adjonction du mot "devoirs" à celui de "droits" annonçait un renversement de perspective, l’inversion symbolique dans l’ordre des deux termes signifie quant à lui que c’est chose faite.

Que de chemin parcouru ! Ces glissements sémantiques successifs pourraient n’être finalement qu’anecdotiques. Ils ne le sont pas. Ils témoignent de l’ampleur du "détournement d’objet social" dont la réforme de la prison qui découlait logiquement de la prise de conscience politique de 2000 a été victime.
Prise de conscience de la réalité carcérale qui, associée à celle aiguë du lien étroit entre politiques pénale et pénitentiaire, a abouti à toutes sortes de dénonciations, venant de tous les bancs de l’assemblée et du sénat.

Dénonciations d’hier qui ont marqué les esprits… mais qui caractérisent encore ô combien la prison d’aujourd’hui :

- 1 / "Il y a trop de gens qui n’ont rien à faire en prison ! " …
La population écrouée a augmenté de pratiquement 50 % entre 2001 et aujourd'hui. Elle devrait atteindre 80 000 personnes d’ici 5 ans. Ce qui signifierait un taux de détention ayant cru de 60 % en un peu plus de dix ans (75 pour 100 000 habitants à 120 pour 100 000 habitants). Actuellement le seul nombre des condamnés détenus dépasse celui de la population écrouée dans son ensemble de 2001…

- 2 / "Les maisons d’arrêt sont surpeuplées car utilisées sans vergogne comme variable d’ajustement du système pénitentiaire ! " ...
Au 1er juillet de cette année, sept détenus sur dix de notre pays s’entassaient dans les dites maisons d’arrêt, soit 44 000 des 63 000 personnes incarcérées : on y trouvait les 16 000 prévenus bien sûr mais aussi 28 500 condamnés. Et qu’importe si aux yeux du CPT, la vie quotidienne dans un établissement surpeuplé - bien au-delà de la promiscuité d’une cellule partagée à plusieurs - constitue un traitement inhumain et dégradant.

- 3 / "Des droits de l’homme bafoués du fait de la surpopulation mais aussi et surtout du fait d’une conception exagérément sécuritaire. Des prisons hors la loi qui sont le règne de l’arbitraire carcéral ! " ...
Guy Canivet le soulignait avec vigueur : " La norme et son application doivent être constantes et égales pour tous, sans varier selon les détenus, les surveillants ou les établissements". Loin de consacrer cette exigence, le projet de loi institue au travers des régimes différenciés, un régime de détention mouvant, pouvant évoluer au gré des besoins et exigences de l'administration pénitentiaire. Une sombre perspective pour la CNCDH qui estime que cela va "décupler les pouvoirs que détient l'administration sur l'individu incarcéré et accroitre très nettement les risques d'arbitraires". Les détenus pourront voir du jour au lendemain leurs conditions d'existence bouleversées par un placement en régime plus strict en fonction des appréciations portées sur leur compte par les personnels pénitentiaires.

Comme on le voit, nous sommes à mille lieues des slogans d’une administration pénitentiaire qui – grâce au service de communication dont elle s’est dotée entretemps – parle d’une prison qui change, d’une prison qui a changé... ou qui va changer. Face aux traits caractéristiques de la situation carcérale actuelle et au rappel des termes mêmes de l’acte d’accusation parlementaire du début de la décennie, l’entreprise de mystification échoue. Chacun sait que, loin de s’être améliorée, la condition pénitentiaire s’est profondément dégradée. Et chacun perçoit que le projet de loi pénitentiaire ne réforme rien - au fond - des conditions de vie et de travail des uns et des autres.

Refusant d’accepter ou de se résoudre à la révolution culturelle et la reconstruction juridique qu’impose l’édification d’un service public pénitentiaire respectueux de l’Etat de droit et des droits de l’homme, l’administration pénitentiaire a élaboré un texte qui ne prend en compte que ses propres considérations, contraintes et objectifs. Fallait-il s’attendre à autre chose ?
À partir du moment où lui était laissé le soin de rédiger la loi - autrement dit qu’il lui était demandé d’écrire sa propre réforme - il n’est guère étonnant que celle-ci saisisse l’occasion qui lui était offerte de s’affranchir des préconisations -innombrables et rigoureusement convergentes - des diverses instances ou organismes qui ont eu à se pencher sur le chevet des prisons françaises et dont elle s’emploie à contester de façon systématique la nature et la portée des constats.


Dès lors, l’horizon réformateur de la loi pénitentiaire s’est retrouvé tenu à distance par l’administration pénitentiaire de l’indispensable refonte du droit de la prison et du statut du détenu qui constituait pourtant le "grand rendez-vous de la France avec ses prisons". Revue et corrigée dans son objet social, la loi pénitentiaire est devenue la loi de l’administration pénitentiaire.
D’où le constat affligeant d’un texte qui se contente - dans la majorité des dispositions qu’il contient - de donner une assise législative aux règlementations déjà en vigueur. Mais aussi d’un texte qui ne tire aucune conséquence des condamnations, pourtant nombreuses, de la Cour européenne des droits de l’homme. Et, plus grave encore, qui va jusqu’à organiser de véritables régressions au regard du droit positif.
En définitive, la seule véritable protection juridique qu’organise la loi pénitentiaire est donc moins celle des personnes détenues demandée instamment par Guy Canivet, que celle de l’administration pénitentiaire elle-même. Jean-Paul Garraud ne s’en cache d’ailleurs pas en écrivant que la loi pénitentiaire peut s’analyser "du point de vue des personnels pénitentiaires comme un renforcement du cadre juridique de leur action, élevé au niveau législatif".

La réinsertion n’échappe pas à ce processus de détournement et de réorientation. En effet, au même titre que la loi pénitentiaire n’a finalement rien à voir avec la consécration des droits des détenus et de la garantie de leur exercice, l’abandon de la resocialisation comme fonction première de la peine d’emprisonnement laisse place à une nouvelle utopie carcérale. Celle qui - pour ériger la prison en "école de la lutte contre la récidive" - en vient à remettre en cause le bien fondé des aménagements de peine comme alternative adaptée à l’incarcération et comme mesure pertinente de réintégration dans la société, et transforme le "droit à la réinsertion" en " devoir de réinsertion". Ce qui permet à Jean-Paul Garraud d’affirmer sans ambages, que la loi pénitentiaire "doit être vue comme s’adressant à la société tout entière, au service de la prévention de la récidive".

Alors que se déroulaient les Etats généraux de la condition pénitentiaire, en 2006, le parti en campagne du candidat Sarkozy avait pourtant adopté une autre vision de la sécurité publique et de l’objectif de réinsertion assignée à la peine. "Dans d’autres Etats, la mission de resocialisation constitue une priorité de la politique pénitentiaire. La loi comme la jurisprudence allemande affirment clairement que la sécurité publique ne saurait être un objectif de l’exécution de la peine, tout au plus doit- elle être prise en compte dans la mise en œuvre du traitement pénitentiaire. L’essentiel de la mission de l’administration pénitentiaire doit consister en la préparation d’une sortie de prison du condamné dans des conditions adéquates. En minorant cet impératif, la société perd en outre tout objectif de protection de la sécurité publique à moyen et long terme."

Le parti du Président a manifestement opté désormais pour une autre approche. Au-delà de son refus d’assumer l’échec de l’institution carcérale, il tente de la relégitimer en imposant un nouveau paradigme de la peine, achevant la contamination du droit pénitentiaire par l’idéologie de la tolérance zéro qui irrigue toute la politique pénale et qui caractérise désormais d’un bout à l’autre ce que Michelle Alliot-Marie appelle "la chaine de sécurité".

samedi 29 août 2009

Endettement des Etats : la montée des périls


"Si on veut schématiser la dynamique de la crise financière, on peut la représenter comme le transfert de l'excès d'endettement, d'un agent économique à l'autre. On observe au départ, dans beaucoup de pays (Etats-Unis, Royaume-Uni, Espagne, Suède, Australie, Irlande et, à un moindre degré, France et Italie) que la hausse de l'endettement des ménages a été, depuis la seconde moitié des années 1990, le moyen d'obtenir une progression forte de la demande intérieure et de la production. Si les taux d'endettement des ménages étaient restés constants, la croissance aurait été trop faible, avec la désindustrialisation et le développement d'activités de services domestiques peu productifs la taille insuffisante (même aux Etats-Unis) du secteur des nouvelles technologies pour tirer l'ensemble de l'économie.

Cette stratégie de croissance par l'endettement a conduit un niveau excessif de dette des ménages, et donc d'exposition au risque de défaut des banques de détail ayant distribué du crédit à ces ménages. Le caractère excessif de l'endettement des ménages a été révélé, à partir de 2007, par la chute de leur demande de crédit, de l'investissement immobilier, des achats de voitures...

Mais les risques liés à l'excès d'endettement des ménages ne sont pas restés localisés dans les bilans des seules banques de détail. Dans une seconde étape, ces banques les ont transmis en partie (50% en Europe, 70% aux Etats-Unis) aux autres banques, aux banques d'investissement, aux investisseurs et aux «hedge funds» (Fonds d'investissement à risques), par la titrisation et l'émission des dettes bancaires.

L'investissement en Asset Backed Securities et en obligations des agences de garantie des prêts immobiliers (Freddie Mac, Fannie Mae) a conduit les intermédiaires financiers, autres que les banques de détail à porter une partie importante du risque de défaut des ménages. Lorsque la crise a débuté, ceci a conduit à de fortes pertes pour ces intermédiaires financiers, démultipliées par les chutes de prix des autres actifs (dues à la contagion, aux ventes forcées), par les mécanismes pro-cycliques (en particulier l'interaction entre les normes comptables et les règles prudentielles). Depuis le début de la crise, les banques ont dû passer des dépréciations d'actifs pour 1 000 milliards de dollars et les hedge funds ont perdu 40% de leurs actifs en gestion...

Pour éviter des faillites massives des banques, les Etats ont alors dû intervenir en garantissant les dettes des banques, en garantissant ou en achetant leurs actifs risqués (toxiques) en les recapitalisant et même en les nationalisant (au Royaume-Uni, aux Pays-Bas...).

Au total, au terme de ce processus, une partie substantielle du risque lié à l'excès d'endettement des ménages est donc passée dans les mains des Etats. On peut même considérer que les déficits publics, donc les hausses des dettes publiques, qui ne correspondent pas directement au sauvetage des banques mais résultent du soutien de l'économie correspond à ce même processus de transfert des risques vers les Etats : les transferts de revenus aux ménages, qui viennent des dépenses publiques supplémentaires et des baisses d'impôts, permettent aux ménages de se désendetter et réduisent donc le risque de défaut des ménages au prix d'une hausse des dettes publiques.

De même que les Banques centrales jouent le rôle de prêteur en dernier ressort, les Etats jouent donc le rôle de porteur des risques et d'assureur en dernier ressort. Il est donc très important que la solvabilité des Etats reste toujours intacte, ce qui leur permet, en accroissant les dettes publiques, de réduire les risques de défaut liés à l'excès d'endettement du secteur privé.
Si les Etats ne sont plus solvables, plus personne ne peut re-solvabiliser les banques lorsque celles-ci sont en difficulté, ce qui impliquerait des défauts en chaîne, l'arrêt de la distribution du crédit... Plus personne ne peut lever de la dette, si la dette publique devient aussi suspecte que la dette privée et qu'il y a défiance des épargnants vis-à-vis des dettes privées.

Or, on a observé dans la période récente, comme dernier développement de la crise, les premiers signes de défiance vis-à-vis des dettes publiques, en particulier une forte hausse des taux d'intérêt payés par beaucoup d'Etats de la zone euro par rapport à ceux sur les titres publics allemands (150 à 300 points de base d'écart de taux pour la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne, l'Italie... -la France est épargnée grace à son taux de fécondité !!!). Le risque, lorsque ce type d'évolution se produit, est la démultiplication de la chute des prix des actifs par la perte de liquidité sur les marchés de ces actifs, ce qu'on a observé durant la crise pour de nombreux actifs financiers: actions, obligations d'entreprises, prêts interbancaires... Un doute apparaît sur la solvabilité d'un emprunteur, ceci conduit à une baisse du prix de sa dette qui fait disparaître les acheteurs. La liquidité sur le marché de cette dette disparaît, son prix s'effondre, et l'emprunteur, qui ne peut plus émettre, est en grande difficulté.

Si une telle évolution se produisait pour des dettes publiques de la zone euro, les pays concernés pourraient être en situation de cessation de paiements, et toute possibilité, pour eux, d'aider le secteur privé à rester solvable, disparaîtrait : il n'y aurait plus de porteur de risque, d'assureur en dernier ressort dans la zone euro. Même si certains pays ont des dettes publiques trop élevées (Grèce, Italie, Belgique), il est indispensable que leurs possibilités d'émission restent intactes, d'autant plus que leurs difficultés viendraient bien plus d'un problème d'illiquidité que d'un problème de perte réelle de solvabilité: les déficits publics de la zone euro ne sont pas gigantesques, la grande majorité des pays pourraient accroître la pression fiscale en cas de besoin.

Comment assurer la liquidité des marchés de dettes publiques et éviter qu'une crise de liquidité sur ces marchés n'aboutisse à une crise de solvabilité des Etats? Les Etats de la zone euro peuvent, bien sûr, se soutenir entre eux, mais cette possibilité est limitée par le fait qu'ils peuvent presque tous souffrir, comme on l'a vu dans la période récente, d'une hausse des primes de risques sur leurs taux d'intérêt. La solution ultime réside donc, non dans la solidarité entre les Etats, mais dans la monétisation, en cas de crise, par la Banque Centrale Européenne (BCE), de la dette publique d'un pays en difficulté. Si les marchés financiers savent que, en dernier recours, la BCE achètera la dette publique d'un pays menacé de ne plus pouvoir émettre contre création monétaire, il ne peut pas y avoir de défiance forte vis-à-vis de cette dette, ni de crise majeure de liquidité ou de solvabilité.

Les règles actuelles de la zone euro interdisent le sauvetage d'un Etat en difficulté (clause de no bail-out) et la monétisation des dettes publiques par la BCE. L'idée défendue par certains gouvernements, et par la BCE, est que le sauvetage d'un Etat ou la monétisation de sa dette publique créeraient un aléa de moralité : les autres pays seraient incités à avoir des déficits publics excessifs puisqu'ils seraient finalement sauvés par la BCE. Pour garder la crédibilité de l'euro, en évitant les dérapages budgétaires de certains pays membres de la zone euro, il faudrait donc, si la situation se présentait, laisser un pays de la zone euro faire défaut, ou du moins être dans l'incapacité de continuer à se financer.

En réalité, la quasi totalité des économistes et des intervenants des marchés financiers sont persuadés que le défaut d'un émetteur souverain de la zone euro entraînerait un rejet par les investisseurs de la totalité des dettes libellées en euros, le transfert de la crise aux autres emprunteurs et une perte de crédibilité de l'euro.
Rappelons ici que le choix du Trésor des Etats-Unis de laisser Lehman Brothers faire faillite a été dicté par la même volonté d'éviter l'apparition d'un aléa de moralité concernant les banques d'investissement. La faillite de Lehman peut être considérée comme la cause du redoublement de la crise à la fin de 2008 avec la crise de liquidité sur le marché intermédiaire, sur le marché du crédit et sur les actifs des pays émergents.

Si un pays de la zone euro en difficulté a mené une politique budgétaire déraisonnable, et n'est pas seulement affecté par une crise de liquidité infondée, ceci aurait dû être détecté et corrigé, grâce à une vraie surveillance multilatérale des politiques économiques, avant que la crise ne survienne.

Au total, la crise a montré la nécessité que les Etats puissent jouer le rôle de garant des dettes privées en dernier ressort, en particulier pour éviter des faillites bancaires; ceci nécessite qu'il n'y ait pas de doute sur la solvabilité des Etats et que des crises de liquidité ne puissent pas interrompre leurs possibilités d'émissions. In fine, la solvabilité des Etats et la liquidité de leurs dettes ne peuvent être assurées que par la possibilité de monétisation des dettes publiques par la Banque Centrale, d'autant plus que, dans les économies contemporaines, un faible doute sur la solvabilité peut entraîner une crise de liquidité grave. Eviter les aléas de moralité doit alors être réalisé "ex ante", par la supervision en régime normal des politiques économiques et non ex post une fois la crise déclarée. Il ne faudrait pas recommencer avec les Etats de la zone euro l'erreur faite avec Lehman..."

Article écrit par Eric Lieser et publié sur "Slate.fr"

dimanche 2 août 2009

Frédéric Mitterrand

A 61 ans, Frédéric Mitterrand devient ministre de la Culture après une carrière déjà bien remplie : Journaliste, animateur de télévision, écrivain, scénariste, producteur, réalisateur...
Les qualificatifs pleuvent et ricochent. Aucun n'accroche véritablement la personnalité, souvent surprenante, du neveu de l'ancien chef de l'Etat.
J’imagine combien cette nomination doit avoir pour lui une résonance particulière.
Je suis "immensément" ravi qu'il accède à cette fonction. J'ai toujours été impressionné par l'étendue de sa culture, par son perfectionnisme mais aussi pour son humour, son sens de l'ironie, et du décalage (souvenez vous de cette publicité ou avec sa voix légendaire, il hurlait : "vandaaaaaaaaaale"!!!)

Quand il arrive rue de Valois en scooter pour la passation de pouvoir, Frédéric Mitterrand adresse un premier message fort. Le contraste est radical avec ses prédécesseurs toujours conduits par un chauffeur. Il récidive quelques jours plus tard pour son premier conseil des ministres. Cette fois, il se présente très simplement avec un sac à dos. Exit donc la traditionnelle serviette ministérielle.
Frédéric Mitterrand compte bien laisser son empreinte dans un ministère souvent périlleux. Rendez vous donc en 2012 pour les premiers résultats !

Quand il anime des émissions sur TF1 et France 2 dans les années 1980, Frédéric Mitterrand accueille ses invités avec une diction un brin nasillarde et le débit toujours tranquille. Une voix inimitable qui en irrite plus d'un mais séduit le plus souvent. Frédéric Mitterrand est aussi un penseur d’images, un promeneur dans l’intime ... Chacun sait qu’il est un conteur extraordinaire.

Curieux et passionné, cultivé et fasciné, (il est historien de formation. il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris.)
Son profil est pourtant difficile à dépeindre. Dans plusieurs entretiens, il se plaît à rappeler qu'il "n'est pas lyrique. Un style qu'on me prête souvent et dans lequel je ne me reconnais pas".

S'il est souvent difficile à cerner, quelques traits de caractère se dégagent.
Il cultive une certaine fragilité, d'ailleurs avec beaucoup d'autodérision. "Je suis comme Droopy, gai quand la lumière s'allume, sinistre quand elle s'éteint". Mais il n'est pas non plus homme à se laisser abattre aussi facilement. Et quand il est insatisfait voire inquiet, un seul remède: le travail est sa thérapie.

Si nombre de ses anciens collaborateurs se sont efforcés de lui attribuer des qualificatifs, c'est sans conteste l'image d'un travailleur acharné qui revient le plus souvent. Une fois de plus, sa carrière est là pour le rappeler.
Frédéric Mitterrand est un esthète qui n’aime que la perfection.

Homme de lettres enfin. Très attaché à la langue française, il "aimerait rester fidèle au subjonctif, un mode très menacé. C'est pourtant très beau, le subjonctif, ça peut exprimer le souhait".
Attributs et adjectifs sont légion pour dessiner l'image du nouveau ministre de la Culture. Mais celui qui lui convient le mieux est certainement inclassable.

Frédéric Mitterrand est un quelqu'un extrêmement brillant, raffiné et est un véritable homme de culture. Il a du malheureusement quitter la Villa Médicis prématurément et c'est bien dommage ! Il en était le directeur depuis tout juste un an.

La difficulté des Ministres de la culture en France est sans doute la pérennité du poste : notre mémoire collective s’entêtait jusqu’ici à n’en retenir que deux : André Malraux et Jack Lang.
Frédéric Mitterrand s’invitera certainement et je le souhaite dans cette liste.


mardi 23 juin 2009

Sarkozy : Vive la dette !!!

L'initiative proposée par le chef de l'Etat à Versailles s'inscrit dans une tradition très onéreuse explorée par Antoine Pinay, Valéry Giscard d'Estaing et Edouard Balladur.

EN lançant un grand emprunt public pour le financement d'une "politique ambitieuse d'investissement", Nicolas Sarkozy a choisi la fuite en avant. La théorie économique veut qu'en cas de finances publiques déficitaires, on resserre les boulons, quitte pour cela à augmenter les impôts. Sarkozy choisit, lui, de tendre la sébile et d'aller mendier auprès des Français de quoi boucler les fins de mois difficiles. Et des difficultés, il va en avoir, avec ce déficit qui file, et une dette qui enfle, qui enfle. Cette année, ce sont 120 milliards qui vont s'ajouter à nos 2100 milliards de dettes. Si on y ajoute les emprunts qui arrivent à échéance, et qui seront remboursés... en s'endettant à nouveau, la facture sera cette année de 200 milliards d'euros qu'il faudra aller chercher, dans les prochains mois, sur les marchés.

Notre président, en lancant cette idée d'emprunt, semble avoir la mémoire courte: lancer un grand emprunt populaire coûte cher. En tous cas, toujours plus cher que d'aller chercher l'argent sur les marchés financiers. En effet, pour attirer le grand public, il faut proposer un taux supérieur à celui de marchés financiers, où les marges se calculent en centième de point d'intérêt. Les exemples sont nombreux, de l'emprunt Balladur à l'emprunt Giscard, en passant par la fameuse rente Pinay, une des plus coûteuses émises par l'état depuis...

Petit retour, à méditer, sur ces grands emprunts, qui ont aussi été des grandes douleurs pour les finances de la France.
La rente Pinay: elle a été lancée en 1953 avec un taux de 4,5%. Le prix du titre était fixé à 36 francs. Ensuite, chaque année, l'administration devait fixer un prix de remboursement, lié à l'évolution de la moyenne des cours du napoléon. En juin 1988, finalement, les derniers titres étaient remboursés à...1 474 Francs l'unité (pour 36 francs récoltés lors de son émission!). Les prix de remboursement avaient même culminé à 2 447 Francs, juste après l'élection de François Mitterrand, en 1981.
L'emprunt Giscard: il a été lancé en 1973 avec un taux de 7%. Il a permis à l'Etat de récolter 6,5 milliards de francs, afin de financer la baisse de la TVA, ramenée de 23% à 20% et de 7,5% à 7%. L'indexation se faisait sur le poids d'or du franc ou, à défaut, sur les cours du lingot d'or d'un kilo, coté à la Bourse de Paris. Il valait alors 10.483 francs. D'un montant unitaire de 1.000 francs, il suivit la montée de l'or et culmina à 10.000 francs en 1980. Au final, l'état remboursa 55 milliards de francs au lieu des 6,5 prévus, sans compter les intérêts. Au total, il aura coûté 76,7 milliards de francs, soit plus de dix fois le montant initial récolté.
L'emprunt Barre : il a été lancé en 1977, à un taux de 8,80 %. Emis pour une valeur de 1.000 francs, indexé sur la valeur de l'unité de compte européenne (UCE), qui allait devenir l'Ecu, puis l'euro. Il a permis de récolter 21 milliards de Francs, et a couté 50% de plus à l'Etat. Sa dernière tranche a été remboursée en 1992 pour une valeur de 1 258,81 francs par titre.
L'Emprunt Balladur. Il a été lancé en 1993, à un taux de 6 % : Destiné à financer les mesures en faveur de l'emploi et de l'économie, il avait une durée de 4 ans et connut un succès énorme. L'état en attendait 40 milliards. Plus de 110 furent souscrit. Remboursé en titres d'entreprises privatisées, il est difficile de savoir combien il a couté à l'Etat, mais on estime que la facture a dépassé largement le cap des 180 milliards...

mardi 16 juin 2009

En 2008, les dépenses de l’Elysée ont explosé ...

... selon les calculs du député René Dosière, qui s’est fait une spécialité de traquer les mécomptes de l’Elysée.
Le budget du Château - 113 millions d’euros - aurait grimpé de 18,5 % l’an dernier. Les charges de fonctionnement (26 millions d’euros) - réceptions, fournitures, téléphone, téléphone… - ont doublé. "On nous dit que tout est maîtrisé que l’on met en concurrence les fournisseurs, mais la réception du 14 juillet a coûté 475 000 euros l’an dernier contre 413.000 un an auparavant", note Dosière. En fortes expansion, les frais de déplacement (16,3 millions d’euros) - + 26% par rapport à 2007 - sont laissés à la charge des ministères des affaires étrangères et de l’intérieur. "Et aucune indication n’apparaît concernant le futur avion présidentiel A 330-200 dont l’achat et le réaménagement sont évalués à 180 millions d’euros. Pourtant dès lors qu’il est réservé à son usage personnel, il serait cohérent que son coût figure dans le budget de l’Elysée."
Comme annoncé dès sa prise de fonction, le traitement du Président (295.000 euros annuels) a augmenté de 125%. Quant aux effectifs (1.031 agents le 31 décembre 2008), ils dépendent à 80% d’autres ministères qui mettent leurs agents à disposition de la présidence de la République. "Dans ce domaine, la transparence est limitée", déplore Dosière. Il est un domaine pourtant où la volonté d’économie affichée par Sarkozy se traduit dans les chiffres: les aides sociales. Cette enveloppe qui sert à donner des coups de pouce aux Français dans le pétrin a bien été diminuée de 22% en 2008.

jeudi 7 mai 2009

De Louis XV à la Ve République

Jusqu’en 2007 le Pavillon de la Lanterne près du Chateau de Versailles, était le nom d’un lieu de villégiature des premiers ministres français. Aujourd'hui, il est le lieu de villégiature du président de la république Nicolas Sarkozy. Il est peu connu et pas aussi luxueux qu’on l' imagine.
Pour un amateur de jogging et de cyclisme (comme N. Sarkozy), c’est l’idéal. Samedi soir à la fraîche ou dimanche matin dès l’aube, il n’a que quatre petits carrés de pelouse à traverser avant de se retrouver sur l’une des plus belles allées du parc de Versailles, face au château. Un luxe inouï, dont il ne bénéficie pourtant qu’en simple usufruitier du domaine royal, au même titre que le petit millier d’employés et membres de leurs familles qui y vivent à l’année, "pour raisons de service".

La propriété est contiguë au parc du château de Versailles et de la départementale reliant Versailles à Saint-Cyr-l’École. Cette propriété comprend un bâtiment d’un étage en forme de U, le corps principal mesure une vingtaine de mètres de long pour 6 de large, flanqué sur chaque côté de longères plus basses mais plus modernes qui encadrent une cour gravillonnée.
Il fait face à un portail ouvrant sur une allée arborée, longue de quelque 200 mètres, qui débouche sur la départementale évoquée plus haut. Un endroit parfait pour travailler ou se reposer, mais trop étroit et pas assez fastueux pour recevoir.

Le pavillon de la Lanterne a été édifié en 1787 par le prince de Poix, capitaine des chasses et gouverneur de Versailles, sur un terrain situé en bordure de la ménagerie du château de Versailles (aujourd’hui détruite), offert au comte de Noailles son père par le roi Louis XV. De fait, cette résidence n'a jamais été un pavillon de chasse, mais bien une maison cédée par Louis XV.
Et comme cette bâtisse à double exposition était percée de fenêtres sur ses deux façades, on la baptisa "la Lanterne".
Il comporte alors un rez-de-chaussée ainsi qu’un étage sous combles. Ses façades ornées de stucs comptent sept travées, celle du centre étant surmontée d’un fronton. Cependant, en l’absence d’archives, on ignore ceux qui y ont œuvré.

C’est ce lieu auquel fait référence le chant révolution -naire "Ah ! ça ira, ça ira, ça ira ..." dans le refrain ajouté en 1790 : "... Les aristocrates à la Lanterne".
Le pavillon de la Lanterne, comme le reste des bâtiments du château de Versailles, sera aliéné à la Révolution, puis racheté par la Couronne en 1818.
Par décision du Général de Gaulle en 1959, cet ancien pavillon est réservé à l’usage du Premier ministre en fonction. Mais André Malraux, alors ministre de la Culture y logera de 1962 à 1969 après que son appartement de Boulogne-Billancourt ai été détruit par un attentat de l’OAS.

Contrairement à ce que l'on a dit, c'est bien Malraux, et non Louise de Vilmorin, qui en assura la décoration. Régulière- ment, il convoquait Jean Coural, l'administrateur du Mobilier national, pour en changer l'intérieur. La résidence, après la réfection récente des canalisations, est aujourd'hui en excellent état. On y compte, au rez-de-chaussée, un vestibule ; à droite, une salle à manger ; à gauche, un petit bureau et un salon, plus un cabinet de toilette. A l'étage, trois chambres et deux salles de bains. Le commun de gauche, en entrant dans la cour, comporte un autre salon au rez-de-chaussée et deux chambres à l'étage, plus les appar tements des gardiens. Le bâtiment de droite abrite les cuisines, les chambres du personnel de service, d'anciennes écuries reconverties en garage. Et les vestiges d'une laiterie.
Michel Rocard, Premier ministre de 1988 à 1991 fera procéder à une rénovation et à la construction de la piscine.
Rien d’extraordinaire en somme. Isolée dans son petit coin de parc d’où elle ne peut être lorgnée que par hélicoptère ou au téléobjectif depuis la départementale, La Lanterne demeure une résidence véritablement "secondaire", sans aucune comparaison avec les charmes du manoir présidentiel de Souzy-la-Briche où François Mitterrand fit construire des écuries pour Mazarine), le décorum napoléonien du château de La Celle-Saint-Cloud (où logent les chefs d’Etat étrangers invités par le Quai d’Orsay) ou la sévère austérité du fort de Brégançon (réputé pour la rigueur de ses escaliers autant que pour la voracité de ses moustiques).

Quant à son nom évoqué plus haut, on ne saurait faire plus paisible. Loin d’évoquer l’appel lancé sous la Terreur par Camille Desmoulins lorsqu’il exhortait les Parisiens à pendre les "aristos" au crochet de la lanterne en place de Grève, le pavillon des Premiers ministres de la Ve République ne doit en effet son appellation qu’à la lumière qui l’inonde à longueur de journée, grâce à ses 36 fenêtres. Ce qui est plutôt bien trouvé pour l’une des plus modestes résidences abritée sur le domaine du Roi-Soleil.