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samedi 3 avril 2010

exposition yves saint laurent petit palais jusqu'au 29 août 2010

Le 1er juin 2008 mourait Yves Saint Laurent. Les enterrements de première classe fanfaronnent parfois des adieux éphémères. Le temps a passé, l'artiste reste. L'homme n'en finit pas de hanter les mémoires, d'inspirer ici des écrivains, là, un chanteur, un réalisateur. Au Petit Palais, la rétrospective de l'œuvre du couturier français attire les foules. On a joué des coudes pour assister au vernissage. On a patienté plus d'une heure, dès le premier dimanche, à l'ouverture des portes. Les Japonais s'y pressent comme on visite un monument national. Un patrimoine. Quarante années de création en haute couture et prêt-à-porter sont présentées : 307 modèles, des dessins, des films, des photographies... Un flash-back en couleurs, ludique. Pas la moindre trace de naphtaline sur ces vêtements dont la modernité, le style s'avèrent un pied-de-nez permanent à la mode qui passe. Impossible de millésimer cette robe cache-cœur en lamé de 1968, ce blouson noir ou cette saharienne seventies encore dupliquée. Et que dire de ces anciens smokings au tombé inégalé ? Rien n'apparaît plus nouveau que l'ancien, surtout lorsqu'il est siglé YSL. Lors de la cérémonie des Césars, Laetitia Casta a fait sensation dans une robe vintage d'une élégance à renvoyer la petite clique des modeux à sa pelote d'aiguilles. Une fois de plus, le mannequin se montrait fidèle à celui qui a désacralisé la mode. Une fidélité comme une révérence, partagée par beaucoup avec plus ou moins de déférence.

Si les aspérités et les zones d'ombre du personnage sont évoquées dans la biographie non autorisée de Marie-Dominique Lelièvre, Saint Laurent, mauvais garçon (Flammarion), la plupart des ouvrages qui paraissent ces mois-ci recouvrent de l'or fin des légendes la statue du prince de la haute couture française. «N'oublie pas que tu as inventé le prêt-à-porter et rien que cela devrait te valoir une gloire éternelle», rappelle Pierre Bergé dans ses Lettres à Yves (Gallimard). Dans une émouvante correspondance posthume, le compagnon de toujours revient sur les mois qui ont suivi les funérailles à l'église Saint-Roch. Le ressac des souvenirs fait émerger des confidences : émotion de Catherine Deneuve allongée près du corps sans vie de celui qui l'avait habillée dès 1967 dans Belle de jour ; clin d'œil amusé aux différences qui opposaient l'artiste, enfant terrible, au grand vizir, un brin paternaliste ; regard sincère porté sur une relation de couple tramée de dépendances et de complicité sexuelle. Véritable déclaration d'amour, le journal de Pierre Bergé ne cache rien de la difficulté des dernières années. Les mots affichent le tranchant des miroirs brisés qui renvoient l'image d'un génie aux prises avec la drogue et l'alcool, d'un être fractal, dépressif et irascible, vivant escargoté sur lui-même, à distance du monde.
«Nul artiste ne tolère vraiment le réel», assurait Nietzsche. Artiste, Yves Saint Laurent l'était à plus d'un titre. Dans le monde d'orphelins des créateurs, cet esthète maternait son inspiration à l'ombre des œuvres de Picasso, Diaghilev ou Mondrian. Iris et tournesols sortaient alors des toiles de Van Gogh pour renaître brodés sur une soie bleu nuit. Les oiseaux de Braque prolongeaient leur vol et se posaient sur les courbes graciles de Carla Bruni. L'art concernait Yves Saint Laurent. Il le collectionnait, le citait, le revisitait à sa façon. «La mode n'est pas tout à fait un art, reconnaissait-il avec lucidité, mais elle a besoin d'un artiste.» L'homme est de ceux auxquels l'œuvre survit, exposée, imprimée, publiée.

La Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent y contribue largement. Elle coédite notamment avec les Editions de La Martinière le monumental Yves Saint Laurent, haute couture, l'œuvre intégral, 1962-2002, numéroté, proposé en série limitée à 500 exemplaires. Cette bible en quatre volumes (26 kilos) comprenant, entre autres trésors, 1 283 planches exclusives de dessins réalisés de 1962 à 2002, est vendue au prix de 2 100 euros. Une folie à s'offrir comme si rien n'était perdu, comme si le siècle dernier était un avant-hier à portée de main.
Mieux que quiconque, Yves Saint Laurent illustre l'histoire d'une certaine vie française, la nostalgie d'une époque où, dans une France contestataire, tout changeait : les mœurs, le cinéma, la musique, la mode... Une transe derviche qui donnait un peu le tournis, mais offrait aux artistes une vision qu'aucun obstacle ne semblait pouvoir obstruer. Dans un monde déjà glacé de solitude, Julien Clerc captait l'Hair du temps en laissant entrer le soleil, nu sur scène. Sur grand écran, Sylvia Kristel s'effeuillait et Michel Polnareff exhibait ses fesses. A sa façon, Saint Laurent jouait, lui aussi, la provocation en posant nu, en 1971, devant l'objectif de Jeanloup Sieff. «Je veux choquer», avait alors affirmé le créateur à l'origine de ces clichés destinés à promouvoir le parfum Rive Gauche.

Autre temps, autre mœurs ? De Giorgio Sant'Angelo à Luciano Benetton, même nos rebelles d'aujourd'hui se sont rhabillés, laissant les trottoirs à d'autres impudeurs médiatiques. Mieux vaut, à rebours des déballages de l'heure, revenir sur les esthétiques prises de vue du photographe reproduites intégralement dans le très beau livre Yves Saint Laurent mis à nu (Albin Michel). Qu'il soit simplement vêtu de ses lunettes en écaille ou sapé comme un milord, l'homme s'offre à l'indiscrétion sans rien laisser voir.
Qui était ce personnage baudelairien ? Quel était ce grand sensible fier de servir le corps des femmes, «leurs gestes, leurs attitudes, leur vie» ? Du 34 au 44, il paraît avec la même attention mondaines et working women. Style féminin masculin. Audace des transparences. Elégance des coupes. Pyrotechnie d'étoffes. Il habillait «l'ambiguïté, le double je, héritage du temps où le luxe était d'être de tous les sexes, de toutes les aventures», décrypte Laurence Benaïm dans Requiem pour Yves Saint Laurent (Grasset). D'une plume soignée et avertie, l'auteur, qui s'est déjà livré à une excellente biographie - réactualisée et publiée en poche -, revient sur le profil d'un homme atypique qui n'en finit pas de fasciner. A chacun son approche, son enquête. Olivier Meyrou a réalisé un documentaire, Célébration, dont le point de vue dérangeant freine sa diffusion en salles. Le 29 septembre prochain sortira un film plus consensuel intitulé Yves Saint Laurent-Pierre Bergé, l'amour fou, de Pierre Thoretton.

YSL était un rêve qui se prolonge, un rêve qui se transforme. Depuis février, Alain Chamfort le chante avec une mélancolie jumelle, un talent ajusté et un succès mérité. C'est sur internet que les 25 000 disques d'Une vie Saint Laurent se sont vendus en quelques semaines. Le chanteur travaille avec l'auteur Pierre-Dominique Burgaud pour monter une comédie musicale, alors même qu'à Broadway, Malcolm McLaren (ex-compagnon de Vivienne Westwood) planche sur un projet similaire inspiré du parcours de Christian Dior. L'époque a besoin de légendes, de destins hors normes. «Avant le disque, je n'avais pas réalisé à quel point Yves Saint Laurent avait eu une vie romanesque, confie Alain Chamfort. C'est impressionnant, à la fois très beau et déchirant. Sans doute est-ce l'une des raisons pour lesquelles il fascine encore. Il reste le témoin d'une période charnière où le geste artistique était pris en considération, où le marketing ne dictait pas encore sa loi.»
Faut-il voir dans le regret d'une époque révolue l'explication de la Saint Laurentmania ambiante ? Sans doute, mais pas seulement. La marque s'évertue à ne pas regarder dans le rétro. Sur deux réseaux branchés du net, Twitter et Facebook, les trois initiales entrecroisées par Cassandre rameutent avec l'efficacité d'un SMS la « bande à Saint Laurent » : 240 455 fans d'un genre nouveau s'informent sur les défilés, sur les projets de Stefano Pilati, directeur de la création, qui, à sa manière, s'évertue à faire évoluer l'héritage du maître.

Alors que les demoiselles en dentelles et mitaines filent dégoter chez Odetta (une boutique parisienne branchée) un Perfecto vintage, les fashion victims s'arrachent la nouvelle édition du Manifesto Yves Saint Laurent printemps-été 2010, une revue gratuite tirée à plus d'un demi-million d'exemplaires et distribuée le 20 février dans les rues de Paris, Milan, Londres, Tokyo, Hongkong et Berlin. La maison de couture séduit les actrices en vogue comme Emmanuelle Devos ou Mélanie Thierry et mise sur les talents du moment. Le designer Yazbukey a imaginé une broche à l'effigie de l'artiste, en vente dans la boutique parisienne Colette. Le réalisateur-écrivain Samuel Benchetrit a tourné un court-métrage diffusé avant le défilé printemps-été 2010. Les médiatiques photographes Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin ont également empoigné la caméra pour filmer l'acteur vedette Michael Pitt. Le mannequin en vogue Natalia Vodianova a succédé à Kate Moss. Saint Laurent vu et revu, mais jamais remplacé. Hedi Slimane, Jean-Paul Gaultier, Alber Elbaz ont appris de lui sans lui succéder.

Celui qui refusait d'être assimilé à d'autres couturiers reste un être à part comme le sont les idoles : «Johnny Hallyday, Brigitte Bardot, Alain Delon sont irremplaçables, explique la journaliste de mode Viviane Blassel. Ce n'est pas un hasard. Yves Saint Laurent n'a pas vraiment d'équivalent aujourd'hui parce que l'époque ne produit plus, à tort ou à raison, de grandes stars. Il y a Zidane chez les sportifs, Obama qui vacille déjà sous le poids des critiques, mais l'on ne sacralise plus personne. Les statues sont déboulonnées à une vitesse éclair. Et chacun peut prétendre, comme disait Warhol, à sa minute de gloire.»

A une génération de défri cheurs portés par la contre- culture des années 1960 a succédé une génération de stylistes inféodés à une mode mondialisée et garrotée par le marketing. Le 24 janvier, au palais de Tokyo, le jeune couturier Josephus Thimister présentait un défilé au titre provocateur : « Bain de sang et opulence ». A une époque qui met la mort à la mode, autant retrouver ce qui reste du génie français et de la mythologie romantique de l'artiste : M. Saint Laurent, fantôme bel et bien vivant.

Yves Saint Laurent au Petit Palais. Musée des Beaux Arts de la ville de Paris. Avenue Winston Churchill (8e arr.) Tél. 01.53.43.40.00. Jusqu'au 29 août 2010. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h, nocturne le jeudi. A savoir : la totalité des modèles présentés dans l'exposition provient du fonds de la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, à l'exception de trois modèles prêtés : deux par la comtesse de Ribes, un par Charlotte Aillaud, soeur de Juliette Gréco. Les coiffures sont d'Alexandre de Paris. site www.yslretrospective.com

mercredi 2 décembre 2009

Christian Lacroix réduit à des contrats de licence ...

Le 16 mai 1951, Christian Lacroix naît à Arles, en Provence dans une famille très portée sur l'élégance vestimentaire et la mode. Enfant, il rêve de voyages : Barcelone, Venise, Londres, etc ... Il découvre dans le grenier de ses grands parents maternels des volumes reliés de "La Mode illustrée" de 1860.
En 1969, passionné d'art, il entreprend des études d'histoire de l'art à la faculté des Lettres de Montpellier. Il participe à des groupes informels d'esthètes originaux et découvre le couturier Jean Bouquin de Saint-Tropez.

En 1971, il poursuit ses études à la Sorbonne à Paris puis à l'École du Louvre pour devenir conservateur de musée. Il rencontre Jean-Jacques Picart, attaché de presse pour de nombreuses maisons de luxes dont Hermès, Guy Paulin et Jean Patou qui lui ouvrent leurs portes. Il rencontre également Françoise, sa future femme, qui le soutient lorsqu'il décide de se lancer dans la mode. En 1981, il entre chez le grand couturier Jean Patou.

La Provence, les Cévennes (Tarabias), l'Espagne, Venise, Londres, les traditions gitanes, les corridas, la Camargue, les couleurs chaudes, les costumes et traditions du XVIIIe siècle du XIXe siècle et XXe siècle, les contes de fée l'inspirent. Ses créations sont des mélanges insensés de style qui plaisent. Il reçoit aux États-Unis, l'Award du créateur étranger le plus influent.

En 1987, il ouvre alors sa propre maison de couture Christian Lacroix avec l'appui de la société de luxe "Louis Vuitton Moët Hennessy SA", numéro un mondial du luxe dirigé par Bernard Arnault, et réalise son premier défilé de haute couture sur le thème de la Camargue, et d'Arles. Il est également nommé directeur artistique de la maison de couture Florentine "Emilio Pucci".

Christian Lacroix dessine aussi des costumes de scène d'opéra et de théâtre pour la création de Tarnished Angel à l'Opéra de Paris, Chantecler, Les Noces de Figaro, Carmen, Phèdre, Cassandre, Othello, Don Juan, Les Enfants du paradis, Cyrano de Bergerac, Bérénice, Cendrillon, etc ...
Dès 1988, il lance une collection de prêt-à-porter de luxe inspirée par le métissage des cultures.
En 1995, il crée une ligne de linge de maison, draps et éponges à laquelle il ajoute en 1998 une ligne de porcelaine, d'orfèvrerie et de cristal, d'assiettes, de tasses à déjeuner, de verre, d'objets de décors, etc ...

En 2000, il organise la signalétique de l'exposition "La beauté en Avignon" et confirmant son intérêt pour le design, il crée l'habillage des voitures du TGV Méditerranée. L'année suivante, il dessine le timbre de Saint-Valentin émis par "La Poste".
Ses activités de création se diversifient, en 2004, il lance une première collection pour homme, crée des uniformes d'"Air France" et des illustrations du "Petit Larousse". En 2005, il décore l'hôtel parisien du "Petit Moulin" et propose un nouveau design des voitures du TGV.

En janvier 2005, suite à un désaccord sur la stratégie de développement de la maison "Christian Lacroix", Bernard Arnault décide de vendre la maison de couture au groupe Falic Fashion Group pour un montant non communiqué. Le PDG de la maison de couture Geoffroy de la Bourdonnaye affirme que rien ne va changer dans l'activité de la maison "Christian Lacroix".

La société Falic Fashion Group, fondée par Jerome, Leon et Simon Falic, est une société basée à Hollywood, en Floride, filiale de "Duty Free America", le numéro deux de la distribution en boutique hors taxes aux États-Unis et leader en Amérique du Sud, basée à Hollywood, en Floride, et propriété elle-aussi des frères Falic. Elle possède également les marques "Perry Ellis Fragrance", "Daddy Yankee Fragrance". "Hard Candy Fragrance" et "Urban Decay", acquis en 2002 auprès de LVMH, ont été cédées en 2009. 2006 Christian Lacroix est président du conseil d'administration du centre national du costume de scène, inauguré le 1er juillet 2006, à Moulins dans l'Allier.

Après l'Hôtel du Petit Moulin au Printemps 2005, Christian Lacroix signe en 2007 la décoration de l'Hôtel Bellechasse, en plein coeur de Saint-Germain-des-Prés (Paris), et membre du groupe Exclusive Hotels. Comme fil conducteur, le couturier choisi "Le Voyage dans le voyage", mélange entre néo-classicisme et esprit bohème. Il signe là un des défilés dont il a le secret...
Fin 2007, le Musée des Arts Décoratifs met en place l’exposition "Christian Lacroix : Histoires de Mode".

Depuis Mai 2008, Ch. Lacroix organise également une exposition au musée Réattu d'Arles, réunissant ses créations associées aux oeuvres de Jacques Réattu, ainsi que celle d'artistes qu'il affectionne. Cette exposition est prolongée jusqu'à la fin de l'année.
La rétrospective "Christian Lacroix, costumier" aura lieu au National Museum de Singapour du mars au juin 2009. Cette exposition présente des costumes de scène et des croquis créés par le grand couturier pour le théâtre, l’opéra, le spectacle et la danse.
En mai 2009, la maison de couture, en proie depuis plusieurs années à de graves difficultés financières, et suite à la crise financière de 2008, se déclare en cessation de paiement.

Le 1er décembre 2009, se refusant à prononcer une liquidation, le tribunal de commerce de Paris a en effet choisi, mardi 1er décembre, le plan de continuation des propriétaires de la maison Lacroix, les frères Falic. La société ne gérera plus que quelques contrats de licences (parfums, robes de mariée, collection hommes...) qui porteront la marque du créateur, sans pour autant être signés par lui. La griffe va se séparer de 90 % de ses effectifs, soit une centaine de salariés, pour n'en garder qu'une douzaine.

mardi 30 juin 2009

samedi 27 juin 2009

Stiletto sous le marteau

Le 9 juillet prochain, "Pierre Bergé & associés" organise une vente aux enchères de prototypes de Roger Vivier.
C'est à ce " Fragonard de la chaussure " -son aimable surnom-, que l'on doit le Stiletto, ou le Pelerin, fameux vernis à boucle porté par Catherine Deneuve.
Attention tout de même : qui dit " prototype ", dit " pied unique ". Cette vente s'adresse donc aux véritables collectionneurs qui dans ce domaine, vont parfois jusqu'au fétichisme. La richesse de l'expérimentation de ce créateur autour du soulier, ne saurait les décevoir...

Après un long sommeil, la marque Vivier se réveille grâce au coup de crayon de Bruno Frisoni et à l'enthousiasme d'Inès de la Fressange. Une renaissance orchestrée par Diego Della Valle, le propriétaire de Tod's. Tous trois redonnent vie à l'esprit du créateur mythique de souliers haute couture.
Roger Vivier fut un chausseur talentueux. Ses créations ravirent les stars et les têtes couronnées des années 1930 jusqu'à la fin des années 1970. Son style ? Un mélange de sobriété et d'élégance aristocratique aussi facile à porter sous une minijupe pop art que le soir avec une petite robe noire. La marque Vivier renaît aujourd'hui sous l'impulsion du créateur Bruno Frisoni et de l'homme d'affaires italien Diego Della Valle qui l'a rachetée à la famille en 2002, quatre ans après la disparition du maître.

Elle ne pouvait laisser indifférent le pape de la chaussure italienne, lui-même petit-fils de cordonnier et fin connaisseur de la légende. Roger Vivier, l'homme qui savait aussi bien dessiner la sandale dorée du couronnement de la reine Elisabeth II que les boots de John Lennon ou les cuissardes noires de Brigitte Bardot sur sa Harley-Davidson.

Dans les années 1950, son savoir-faire et sa renommée lui valurent de devenir le créateur attitré des collections de Christian Dior. À l'époque, les femmes n'hésitent pas à assortir leurs souliers au tissu de leur robe ou de leur manteau. Il invente le talon " aiguille ", le " mini ", le " cambré " et le " virgule " qui s'incurve vers l'extérieur de la chaussure. Il met au goût du jour le bout carré, le bout turc, le bout " bec d'oiseau "...

Sa plus célèbre création demeure le très sage escarpin vernis à boucle dessiné pour la collection Mondrian d'Yves Saint Laurent en 1965 et immortalisé à l'écran dans "Belle de jour". Catherine Deneuve les enfile pour glisser vers l'adultère ! Vivier est d'ailleurs resté Le chausseur de l'actrice.
Si l'escarpin reste son exercice de style préféré - il le travaille dans toutes les matières, cuirs rares, tissus précieux -, il crée aussi de véritables souliers de contes de fées, recouverts de perles, sequins, brodés de soie, de fils d'or et d'argent ou de pierres fines. Après Mai 68, il travaille aussi les matériaux modernes, comme le plastique, le vinyle...

Aujourd'hui, la maison reprend vie sous les mains expertes et le regard affûté de Bruno Frisoni. Sa collection " Belle Vivier " n'est pas un simple clin d'oeil, mais un réel hommage à l'audacieux chausseur. Bruno Frisoni reprend la boucle qu'il décline sur des ballerines ou des escarpins, mais aussi sur toute une ligne de sacs et de petite maroquinerie. Tantôt chromée, tantôt en strass ou gansée de cuir, elle caracole aujourd'hui en tête des ventes.

" La version actuelle est plus rectangulaire que carrée et nous en avons arrondi les angles. Le talon de la chaussure est aussi plus plat. C'est la même image mais pas la même silhouette ", souligne le créateur. Il veille à conjuguer le style Vivier au présent. Pas de rééditions mais des interprétations. Comme cet escarpin ouvert à plume de bébé faisan répondant au nom spirituel de " Ma petite caille ", croisement d'un modèle de 1954 et d'une sandale en vinyle des années 1960. Porté par Nicole Kidman à une première, il a aussitôt été acheté (pour près de 8 500 euros) par une riche et jeune Chinoise.

Parallèlement aux modèles precious vendus entre 1 800 et 10 000 euros, la maison crée quelques modèles encore plus confidentiels estampillés " haute couture ", dont une première collection dévoilée l'été dernier. Réalisés avec le concours des ateliers Lemarié, Lesage ou Montex, le prix de ces véritables bijoux peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros. De quoi exercer les multiples facettes du talent de Bruno Frisoni.

Pour donner un second souffle à Vivier, le créateur s'est d'abord plongé dans les archives des musées. " Mais après je me suis lâché ", dit-il. L'essentiel était de respecter les lignes, de garder le mouvement et le mélange de références au XVIIIe siècle et de modernité des années 1960, qui caractérisait les créations Vivier. Il utilise peu le talon virgule, " plus jeune et sportswear ", et lui préfère pour l'instant le " choc, plus juste et moins énigmatique ". Surtout, il s'attelle à la construction d'une marque de " niche ", très haut de gamme, " au design classique ", aussi légitime dans les accessoires, sacs, gants, lunettes, petite maroquinerie, que dans les bijoux. Bruno Frisoni préfère privilégier sophistication et féminité plutôt que la mode pure.

L'homme aime dessiner. Il a toujours un carnet sur lui : pile des croquis pour Vivier, face ceux pour sa propre griffe. " Un dessin doit avoir de l'esprit. Je fais confiance au hasard, l'oeil toujours aux aguets. Parfois, c'est en voyant un vieux film que je vais trouver mon inspiration.
" Pour sa nouvelle collection automne-hiver, il est parti de l'ambiance des années 1980 à laquelle il a ajouté une touche années 1920. Comme la " Mary Jane ", des babies à talon de plastique laqué noir et semelle de caoutchouc, ou encore la sandale " Goldie ", une salomé en python argent ou satin prune. Quant au sac icône de la marque inspiré par la boucle de l'escarpin " Belle Vivier ", il se mue cet hiver en élégante pochette du soir.

Diego Della Valle a eu l'intelligence de laisser Bruno Frisoni s'approprier Vivier. Le patron italien reste discret en ne souhaitant pas apparaître médiatiquement aux côtés de sa nouvelle griffe. Il a confié l'aménagement des boutiques à l'ancien mannequin de Chanel, Inès de la Fressange. Celle du Faubourg-Saint-Honoré est décorée dans l'esprit de l'appartement parisien du maître, quai d'Orsay. Il aimait mélanger le style grand siècle au mobilier contemporain des années 1970 et 1980.

Installée à l'étage, la boutique associe une commode à bronze doré xviiie à des consoles Hervé Van der Straeten et des fauteuils Mies Van der Rohe en cuir argent. Sur les murs, des toiles de Poliakoff, Picasso, et, posées sur des tablettes laquées blanc, des chaussures, mises en scène comme le seraient des sculptures.

La boutique new-yorkaise, à l'angle de Madison et de la 68e Rue, tranche elle aussi avec les canons standardisés du luxe. On y retrouve cette atmosphère d'hôtel particulier où les meubles d'Hervé Van der Straeten côtoient bergères Louis XV et masques africains, donnant au lieu un supplément d'âme et un esprit couture. Les stars américaines raffolent. " Elles viennent elles-mêmes acheter leurs chaussures plutôt que d'envoyer leur styliste privé. C'est un signe ", remarque Inès de la Fressange qui y a croisé Sharon Stone, Naomi Campbell et Kate Winslet.

" En ouvrant aux États-Unis et à Londres, nous avons constaté que la marque était déjà devenue un statement, une référence. Ceux qui la portent sont fiers d'en faire un signe de reconnaissance ", raconte Bruno Frisoni. À New York, au printemps, il a monté les marches au bras de Jennifer Lopez à la soirée de lancement de l'exposition Paul Poiret au MET. En moins de deux semaines, les prévisions de ventes ont été doublées ! Après Paris, Hong Kong, Londres et New York, le rythme des ouvertures de boutiques devrait s'accélérer. Milan et Moscou sont dans les starting-blocks, une deuxième est prévue à Londres et peut-être à Paris.

Sans compter des projets au Moyen-Orient à Dubaï, au Qatar et, bien sûr, en Asie. Et pour mieux ancrer le renouveau de Vivier, la griffe parrainera l'exposition Edward Steichen au Jeu de Paume à Paris, d'octobre à décembre. Conservateur du Moma et photographe de Vogue et de Vanity Fair des années 1920 aux sixties, Steichen a imprimé sa marque sur la mode au même titre que Vivier, tous deux devenant pour leurs successeurs une inépuisable source d'inspiration.

Aux commandes de la maison, Anne-Line Hansen, la directrice générale de Roger Vivier, arrivée en janvier dernier de chez Giorgio Armani, veut développer des accessoires " couture ". " Il faut être très prudent lorsque l'on emploie ce terme, admet cette Danoise qui parle cinq langues. Ce n'est pas une formule. C'est le signe que nous nous attachons à satisfaire une clientèle très exigeante mais à la recherche de la pièce unique et consciente de la valeur du travail artisanal. "
Grâce à ces accessoires, elle espère relancer la grande tradition du chic, l'époque où une femme élégante ne serait jamais sortie sans gants ni sans un sac assorti à ses escarpins.
D'ailleurs, Roger Vivier lui-même était un accessoiriste de talent, lui qui pendant la guerre était devenu modiste outre-Atlantique. " Nous n'avons pas envie de faire ce que font les autres.

Nous cherchons à traduire de façon contemporaine de grands classiques en jouant sur l'étonnement ", livre cette jolie blonde en citant pêle-mêle le sac " Pillow " en forme de coussin, le " No couture " qui porte bien son nom, et le sac " Boîte de nuit ", une coque de plastique blanc orné de galuchat rouge.

La marque s'apprête à célébrer cet hiver son histoire au travers d'une exposition " From stiletto to revival " qui devrait débuter à Londres avant de partir à New York et Hong Kong.
" Je fais des choses avec un esprit élégant ", aimait à dire le maître. On comprend pourquoi Bruno Frisoni résume d'un mot son travail : sophistication. Le gardien du temple regrette l'aspect cash machine des accessoires et rêve de leur redonner leur allure d'antan. Un rêve en passe de devenir réalité.

Le talon Aiguille : dessiné en 1954, il part d'une forme Louis XV que Roger Vivier effile vers le bas, " pour terminer la silhouette d'un coup de crayon ", explique-t-il à l'époque alors qu'on lui prédit la mort certaine de " cette anomalie sociale qui finira comme le corset ". Le talon Choc : incurvé vers l'intérieur, il fait sensation lors de son lancement en 1959, d'où son attribut de " choc " trouvé par une journaliste du Harpers' Bazaar.

Formé d'un arc unique, grâce à une recherche poussée d'équilibre et un acier ultra-résistant, il frappe par la simplicité de son apparence, source même de son élégance. Le talon Virgule : fuyant sous le pied, puis s'incurvant vers l'arrière en une courbe souple et dynamique, il signe en 1963 la fin des talons aiguilles. Retravaillé en acier, en bois ou en cuir par Bruno Frisoni, il retrouve une seconde jeunesse.

samedi 20 juin 2009

samedi 13 juin 2009

Le téléviseur n’a décidément pas fini d’évoluer !

Voici le moniteur LCD à technologie LED Nec CRV‑43.
Disponible aux États-Unis au prix indicatif de 8 000 $, cet écran possède toutes les fonctionnalités du moment : prises HDMI 1.3, DVI‑D, ports USB Host, ratio de contraste de 10 000:1…
pourquoi ne pas vous laisser tenter par le Nec CRV-43, un écran incurvé de 43'' avec une résolution en 2880x900, le tout rétro-éclairé par LED.
Adapté au jeu vidéo et à bien d'autres usages spécifiques, le Nec CRV-43 propose un impressionnant ratio panoramique 32:10 (ou 16:5) affichant une définition dite double WXGA+ (2880×900 pixels), soit l'équivalent de deux écrans 16:10 WXGA+ accolés.

Cet écran repose sur une technologie de rétro-projection DLP, et non sur la technologie LCD comme on a pu le lire ici et là dans un premier temps, et présente la particularité d'être incurvé et sans délimitations. Il mesure 1 mètre de large pour une diagonale de 43 pouces, tandis que la technologie de projection impose une profondeur de près de 40 cm à laquelle on n'est plus habitué. L'usage de la projection permet en outre de bénéficier d'un temps de réponse quasi-nul (0,02 millisecondes) et d'un excellent rendu des couleurs, puisqu'il couvre 99% de l'espace colorimétrique Adobe RGB cher aux professionnels de l'image. Il affiche enfin une luminosité de 200 cd/m² pour un contraste de 10 000:1, et dispose également d'un concentrateur USB.
Associé à une garantie de 3 ans, il sera commercialisé dès le mois de juillet.
Bref, le téléviseur n’a pas fini d’évoluer !

jeudi 28 mai 2009

Harris Tweed : Ambassadeur du chic anglais

Le Harris Tweed, du nom de l'île dont il est originaire, fait partie des indémodables de l'hiver ... Entre Europe et États-Unis, à l'ouest de l'Écosse, Harris est un monde en soi où se perpétuent l'esprit et la culture celtes !
C'est au pays de la brume en Écosse, que la vérité est apparue .... Le terroir est d'abord une fiction, une création de l'esprit. Pour preuve, l'"invention" du tweed en 1842 par la propriétaire de l'île de Harris, Catherine Herbert, duchesse douairière de Dunmore. Ce grand nom de la gentry britannique avait remarqué la qualité des tissus filés par les femmes de ses fermiers et utilisés pour la confection de linge de table. Ils étaient si serrés qu'ils devenaient imperméables comme de la serge.

De ces tissus, cló mòr ("la grande étoffe") en gaélique, Catherine Herbert fit d'abord fabriquer l'uniforme de ses guides de pêches (gillies) et de ses gardes-chasses. Puis elle lança la mode des habits en tweed auprès de ses invités de la haute société. Le Harris Tweed était créé et, avec lui, l'image du gentleman farmer. Peut-être doit-on son nom à la rivière Tweed, bordée de filatures, qui sépare l'Écosse de l'Angleterre. Lady Dunmore y envoya ses tisseuses se former à l'usage des métiers mécaniques). Le cló mòr était généralement sombre ou de couleur noire. Catherine Herbert reprit les méthodes de teinturerie traditionnelle pour élargir la gamme des couleurs et offrir plus de variété : le chardon pour le jaune, la rouille pour le vert, l'indigo pour le bleu, etc. Jusqu'à sa mort, en 1886, lady Dunmore servit d'intermédiaire entre ses fermiers et les négociants d'Édimbourg et de Londres qui souhaitaient se procurer le précieux tissu. L'astucieuse propriétaire terrienne réussit à créer un marché et à garantir des prix constants à ses métayers, favorisant ainsi le développement d'un artisanat à domicile qui fournit encore de nos jours la majorité des tissus estampillés Harris Tweed. Qui peut nier après cela que le Harris Tweed, ce produit si bien identifié au terroir écossais, n'a d'abord été le fruit de l'imagination mercantile d'une aristocrate britannique et philanthrope ?

Encore aujourd'hui, le Harris Tweed est une véritable institution en Grande-Bretagne perpétuée par le Harris Tweed Act mis au point en 1933. Depuis cette date, un institut, la Harris Tweed Authority, est même chargé de garantir la constance de la qualité. L'acte stipule que le Harris Tweed doit être constitué à 100 % de « laine vierge teinte et filée dans les îles Hébrides, et tissée à la main, à la maison, par les habitants des îles de Lewis, Harris, Uist et Barra ».
Sans le climat océanique des îles, les « moutons à face noire » dont on recueille la toison n'auraient pas cette laine rêche et rugueuse, caractéristique la plus remarquable du Harris Tweed. En cela, on peut parler de « terroir ». Cette rugosité qui valu au Harris Tweed sa popularité chez les gentlemen farmers le handicape aujourd'hui dans la mode. Le prêt-à-porter contemporain lui préfère généralement le tweed non estampé « appellation d'origine », tissu fantaisie ou faux uni (moucheté) qui a davantage les faveurs de la jeune génération en raison de son côté décalé, voire ludique. Il n'empêche, année après année, le tweed, siglé ou non Harris, conserve une place d'honneur dans les collections des créateurs, en veste, sac, manteau ou chapeau cloche, comme un clin d'oeil à l'élégance british éternelle.

Lande, roches et longues plages Harris, dans sa singulière beauté, raconte une autre histoire. Malgré sa superficie inférieure à 50 km2, la variété et l'étrangeté de ses paysages la rendent complexe et difficile à appréhender. Depuis le port de Stornoway, deux heures de route à travers une lande plate mènent vers Harris qui surgit derrière une barrière montagneuse cernée par les eaux noires du loch Seaphort. Puis ce sont des kilomètres de landes parsemées de rocs de gneiss, comme si une pluie de météorites s'était abattue sur ce haut de hurlevents. Pas étonnant que Stanley Kubrick ait choisi d'y tourner la scène inaugurale de 2001, Odyssée de l'espace. Enfin, on débouche sur l'Atlantique bordé de sable blanc, plages longues et indolentes sous le soleil, comme des cartes postales des Caraïbes. Sur ses rives, face à l'océan, on peut se croire au bout du monde. Nous sommes en fait sur l'arête entre les États-Unis et l'Europe, peut-être plus proche encore du Nouveau que du Vieux Monde. Au-delà, c'est Terre-Neuve à des milliers de miles marins car Harris est situé à la bordure extrême des Hébrides occidentales, en pleine mer.
Le temps y est plus changeant que partout ailleurs en Écosse. Entre deux averses, d'insolents arcs-en-ciel fleurissent partout en grappe. Dans cette solitude grandiose, la vie humaine paraît ratatinée. Longtemps, les habitants de l'île se sont terrés dans des chaumières en pierre à demi enfouies dans le sol pour offrir le moins de prise au vent. Même le crépi des façades modernes, dans les gros bourgs de Tairbeart la capitale, Rodel ou Leverburgh, n'a pas le caractère pimpant de celui des maisons d'autres îles écossaises.

On est à Harris d'une austérité sans faille et l'observance du repos dominical y est des plus strict. En témoigne ce panneau « Interdit de jouer le dimanche » placé devant un terrain de jeux à Rodel. La plupart des habitants d'ici appartiennent à la Free Presbyterian Church, une secte protestante qui se sépara de l'église presbytérienne en 1893 pour son « trop grand libéralisme ». Une des raisons principales de la scission tenait à la volonté de revenir au respect littéral des dix commandements, notamment du sabbat. Le dimanche, les fidèles doivent assister à deux services religieux, un le matin, l'autre le soir, ce qui ne laisse guère de temps pour les loisirs. Mais la rigueur est à son comble à la saison des communions, ces fêtes où l'on commémore le dernier souper du Christ et dont les dates sont fixées par les Églises locales. La famille, les voisins et des parents venus d'autres îles s'enferment alors plusieurs jours d'affilée à l'intérieur des maisons, avec pour seules sorties les indispensables services à l'église. Autant dire que les rues sont encore plus vides que d'habitude et que toute l'île prend une allure fantomatique assez irréelle.

Le celte est vivace dans les îles Les cérémonies religieuses sont célébrées en gaélique, une langue que parle encore la majorité de la population. Même la grosse dame en sari, l'oeil de Vishnou au front, qui tient le bazar pakistanais - seule boutique ouverte à Tairbeart le dimanche - mène son business dans cet idiome celtique. Reconnu comme deuxième langue officielle par le Parlement d'Edinburgh, le celte est particulièrement vivace dans les îles et suscite un tourisme ciblé. Cela va des recherches généalogiques menées par les descendants des plus de vingt millions d'Écossais qui ont émigré depuis trois siècles en Amérique aux cours de civilisation celte où les Japonais se distinguent, attirés sans doute par une culture à l'insularité comparable à la leur.
La communauté de destins de ces petites îles avec le géant américain tient aussi à une circulation des idées, des pratiques culturelles, une même vision océane de la vie. En témoigne l'influence du patrimoine musical celte. Un soir, dans la salle des fêtes de Leverburgh, deux bardes itinérants, Aly Bain au violon et Phil Cunningham à l'accordéon, donnent un concert. Atmosphère endiablée, pieds tapant sur le parquet de bois, yeux embués par la mélancolie des ballades, le public local s'en donne à coeur joie. En fermant les yeux, on se croirait presque à Nashville.

Sauvage et moderne L'île d'Harris à l'apparence si sauvage fut touchée très tôt par la modernité. Après la Première Guerre mondiale, lord Leverhulme, grand capitaine d'industrie, fondateur de l'entreprise agro-alimentaire Unilever, a voulu y créer une sorte de phalanstère du capitalisme. S'étant pris d'affection pour Harris et sa soeur jumelle Lewis, ils les avaient rachetées pour 143 000 livres (population comprise) au précédent propriétaire, sir James Matheson. Il investit cinq millions de livres supplémentaires de l'époque avec l'idée de tirer les habitants de la pauvreté et de « les remettre au travail ». Après avoir regroupé les paysans dans des fermes modèles, il créa de toute pièce une industrie de la pêche à la baleine. Ses méthodes autoritaires et paternalistes provoquèrent plusieurs émeutes et l'homme finit par se retrancher dans le bourg de Leverburgh qu'il avait fondé autour d'une usine de transformation du poisson. Avec la route qui relie Lewis à Harris, ce petit port est le seul vestige de son rêve. Mais il est devenu la porte d'entrée de l'île pour les touristes venus de l'archipel plus au sud qui ne cessent de débarquer du ferry en été.
Harris peut donner parfois l'impression d'être une île du bout du monde. Mais pour qui apprend à la connaître, elle se situe exactement en son centre, irriguant l'Europe de son tweed, l'Amérique de sa musique. À découvrir donc, avant qu'elle devienne un nouvel Ibiza.

Tweed et Harris Tweed reviennent à la mode, non plus comme tissu pour les vêtements mais comme tissu accessoire, clin d'oeil au chic anglais. En témoignent des créations comme la casquette en tweed de Chanel, les sandales en tweed pied-de-poule de Sonia Rykiel, mais aussi celles de Miu Miu ou de Kenzo ou encore les sacs en tweed de Testoni ou de Lancel. Concept store emblématique de la mode anglaise, Old England revendique haut et fort l'utilisation du tweed et du Harris Tweed dans l'élaboration de ses vêtements griffés de prêt-à-porter femme ou homme. Pour les hommes, la touche de modernité passe par l'utilisation de tweeds aux couleurs plus vives et de vestes aux formes plus appuyées sans trahir pour autant les gènes du style « dandy chic ». La marque anglaise Hackett, par exemple, présente chez Old England, donne très bien le ton de ce nouvel engouement pour un style anglais revisité qui plaît à une jeune génération de cadres supérieurs et de professions libérales. Pour les femmes, encore plus au fait des tendances, Old England propose à compter de l'automne des articles exclusifs griffés Old England ou conçus par des créateurs comme Marylin Moore, Madeleine Press, J&M Davidson qui se jouent du tweed pour en faire des vêtements à forte valeur ajoutée. Ils affirment ainsi la volonté de l'enseigne de défendre le tweed en le rajeunissant.

Harris, en écossais Na Hearadh, est la partie Sud de l'île de Lewis et Harris, la principale île de l'archipel des Hébrides extérieures en Écosse, la partie Nord étant appelée Lewis. Ces deux parties ne forment qu'une seule île mais sont considérées par les Écossais comme deux îles distinctes. Harris est donc officiellement dénommée « Île de Harris ». Harris se situe dans l'océan Atlantique et fait partie du Council area de Na h-Eileanan Siar (Hébrides extérieures)
Tout comme le reste des Hébrides, Harris fut habité depuis la fin de la dernière glaciation. A la fin du Xe siècle, l'île subit des raids vikings puis passa sous domination norvégienne.
Un isthme, délimité par deux firth (équivalent écossais du fjord), relie Harris à Lewis. La frontière est en outre délimitée par deux rivières qui se jettent dans les firth.
Un autre isthme relie les parties Sud et Nord de Harris. Sur cet isthme se trouve le village de Tarbet, relié par des bacs à Uig sur l'île de Skye et Locchmaddy sur North Uist.
Harris fait partie du Council area des Na h-Eileanan Siar (Hébrides extérieures) et fut le dernier fief du calvinisme fondamentaliste.