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dimanche 28 mars 2010

"Jugée trop chère par rapport à son efficacité ... "

Le conseil général des Hauts-de-Seine (CG92), à majorité UMP, ne renouvellera pas le marché passé en 2006 avec la société privée Ingeus pour l'accompagnement des Rmistes dans l'emploi, une expérience jugée trop chère par rapport à son efficacité, selon une note du CG92.
Ce marché, conclu à l'époque où Nicolas Sarkozy présidait le conseil général, avait suscité les critiques de l'opposition de gauche (PS, PCF, Verts), certains élus dénonçant une "privatisation" de l'action sociale pour des résultats incertains.
Quatre ans après, "le coût de ce marché apparaît comme important au regard des résultats obtenus par Ingeus", résume une note de synthèse élaborée par les services du CG92 et qui a été récemment dévoilée aux élus.
Les principales critiques portent sur le nombre de personnes accompagnées et sur le maintien dans l'emploi durable. Le marché, dont le budget "devrait s'élever à 18,1 millions d'euros", visait des personnes bénéficiant du RMI depuis plus de deux ans.
Au cours de la période 2006-2010, soit la durée du marché, 5.011 chartes d'adhésion ont été signées, sur un objectif initial de 6.500, ce qui constitue "clairement un motif d'insatisfaction", "d'autant que les moyens de communication déployés et facturés par le prestataire ont été très importants" (990.890 euros), souligne la note.
Sur ces 5.011 personnes accompagnées par Ingeus, 2.121 ont obtenu un emploi, un taux de 42% qui "peut paraître important", mais seulement 492 bénéficiaires sont restés dans l'emploi au bout de douze mois, contre un "objectif contractuel de 900 bénéficiaires au minimum".
Sur les autres retours à l'emploi, 708 n'ont duré que six mois et 918 n'ont duré que trois mois, des résultats jugés "très insuffisants".
"Avec la mise en oeuvre du RSA, le département des Hauts-de-Seine pourrait désormais confier le placement dans l'emploi principalement à Pole emploi, au travers, par exemple, d'une convention de partenariat", conclut la note.

Au plan national, le gouvernement a fait le choix en 2009 de recourir à des structures privées pour accompagner 320.000 chômeurs, en complément de Pôle emploi, bien que les évaluations démontrent que la plus-value du service public, quand il met les moyens, est supérieure à celle des opérateurs privés.
Ingeus, filiale d'une entreprise australienne, a été écartée du marché malgré une présence en France depuis 2005. L'Australie a privatisé à partir de 1998 l'accompagnement des chômeurs.

lundi 22 février 2010

Le bon petit toutou à Sarkozy !

Eric Besson a dressé le 19 janvier dernier le bilan d’une année au ministère de l’Immigration marquée notamment par l’expulsion de quelque 29.288 étrangers en situation irrégulière, un chiffre supérieur à l’objectif de 27.000 assigné par le président Nicolas Sarkozy.Besson, nommé il y a juste un an en remplacement de Brice Hortefeux, a fait presque autant que son prédécesseur qui avait expulsé 29.799 sans-papiers contre un objectif de 26.000.

En revanche, la France a délivré 173.991 titres de séjour en 2009, dont 27.966 à titre professionnel, 74.008 dans le cadre du regroupement familial. 10.864 titres de séjour ont été également délivrés aux réfugiés et membres de leurs familles alors que le nombre de demandeurs d’asile a été de 47.000 personnes. Ce chiffre fait de la France le premier pays européen et le deuxième dans le monde pour le nombre de demandes d’asile reçues.

Dans le même temps, 108.275 étrangers ont acquis la nationalité française, soit presque autant qu’en 2008 (107.000), des résultats qui placent aussi la France en tête des pays européens pour l’acquisition de la nationalité. Globalement, l’immigration a baissé de 3,7% par rapport à 2008, ce qui s’explique, selon Besson, par une diminution de l’immigration familiale (-12,3%) et professionnelle (-15,3%), cette dernière étant induite par la détérioration de l’emploi dans toute l’Union européenne.

Alors que des salariés clandestins ont multiplié ces derniers mois des manifestations pour réclamer des papiers, Besson a indiqué que 6.000 personnes ont été régularisées, dont 2.800 par le travail et 3.200 pour des "raisons humanitaires".

Le transfuge du PS, régulièrement critiqué par les associations de défense des droits des immigrés, a répété qu’il n’y aurait pas de "régularisations massives" mais qu’elles se feraient "au cas par cas et sur critères".
"Ceux qui sont entrés illégalement en France ont vocation à être reconduits", a-t-il dit.

Pour illustrer la politique "d’humanité et de fermeté" qu’il revendique, Besson a souligné que la lutte contre l’immigration clandestine s’était accrue: 145 filières ont été démantelées (+44%), 4.750 trafiquants ont été interpellés (+10%) et 1.400 opérations conjointes ont été menées contre les employeurs d’étrangers sans titre de séjour (+12%).

L’éloignement des étrangers en situation irrégulière coûte à l’Etat environ 232 millions d’euros par an, soit 12.000 euros par reconduite, selon des chiffres communiqués il y a quelques mois par le ministère. La Cimade a évalué à 27.000 euros le prix de chacune des 20.000 reconduites forcées réalisées en 2008.

En 2010, la France souhaite conclure trois nouveaux accord de gestion des flux migratoires, après les neuf signés depuis 2007 (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Cap Vert, Congo, Maurice, Gabon, Sénégal et Tunisie). Besson a aussi annoncé la mise en oeuvre d’une nouvelle génération d’accords avec des pays africains devenus terres d’immigration. Il prévoit dans ce cadre une tournée qui le mènera à Luanda (Angola) et à Malabo (Guinée équatoriale). Il entend aussi "rénover" les relations migratoires avec les pays du Maghreb d’où sont issus une grande partie des 3,5 millions d’immigrés que compte la France.

jeudi 28 janvier 2010

Ca se jouait sur TF1 lundi soir ... !

Quelques jours de trêve hivernale. Et voilà Sarkozy qui reprend sa grande offensive médiatique.
Première étape : lancer ses lieutenants au front. On l’a vu, Eric Besson a eu droit à une émission fabriquée sur-mesure sur France 2 : un portrait psychologisant à faire pleurer dans les chaumières, et deux vrais-faux débats. L’un avec Marine Le Pen histoire de recentrer le bonhomme, et l’autre avec Vincent Peillon qui au dernier moment a préféré éviter se prêter à cette farce courtisane.
Sur France 2, toujours, Benoit Duquesne consacrait cette semaine un numéro de son émission Complément d’Enquête à la délinquance sobrement intitulée : "Vols, cambriolages : les Français sur le qui-vive". On y voyait des Français s’équiper de pistolets d’alarmes, flashballs, monter des tours de garde avec chiens en laisse dans leurs résidences, des commerçants tester tous les nouveaux systèmes de sécurité à la mode etc... Le tout largement approuvé par le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, évidemment !
Il ne faut jamais faire d’angélisme sur les questions de sécurité, mais nous sommes ici devant une tendance toujours renouvelée des chaînes de télévision à ressortir ce type de thématiques à quelques semaines d’échéances électorales qui pose question.

Mais le meilleur s'est passé lundi soir sur TF1. Décidément indépassable lorsqu’il s’agit de dérouler le tapis rouge au président, la Une avait concocté une soirée spéciale à Nicolas Sarkozy. Au début, rien que de très classique : une interview de Nicolas Sarkozy dans le cadre du 20 heures dans laquelle il n'est rien ressorti, sinon quelques banalités, des formules toutes faîtes et quelques contre-vérités, comme d'accoutumée me direz vous, si l’on en juge par les dernières prestations du président.

Aux grands maux, les grands remèdes. Le Président est en mauvaise posture. La Une se devait de réagir. Invitée dans les locaux du Républicain Lorrain à répondre aux questions des lecteurs, Laurence Ferrari a dévoilé la lumineuse idée qui aurait germé dans les cerveaux des créatifs de TF1(Et oui, apparement, ils en sont encore capables !!!) : confronter le Président à des vrais Français !! Du jamais vu, sinon sous Chirac et lors de la dernière campagne présidentielle. Bref du resuçé comme à chaque fois qu’on prétend renouveler le genre histoire d'appâter le chaland.

Le président de la République a donc été confronté à dix "vrais" Français sélectionnés pour leur apparition dans des reportages récents sur TF1.
Et à quelques semaines des régionales, c’est Jean-Pierre Pernaut, pape des régions et de leurs produits dérivés, sarkozyste convaincu qui joua les passeurs de plats pour aborder les "vraies" préoccupations des "vrais" Français. Toujours étonnant ce souci de marteler l’effet de réalité pour mieux faire oublier la totale scénarisation du spectacle politique.

Et donc lundi soir, à croire que l’Elysée avait prévu un train de réformes de fond, et de combles, impliquant des mesures structurelles et budgétaires conséquentes, tant sur l’emploi, que sur l’éducation et l’enseignement universitaire, mais aussi sur l’agriculture et la petite entreprise, avec force dégagement de crédits et promesses d’intervention immédiate en faveur de tous les secteurs concernés,chacun des interlocuteurs sélectionnés par TF1 est reparti avec quelque chose dans sa besace.Il n’était plus question, au Château, de les faire passer à l’improviste.

Lundi soir, c’était oui pour tout le monde. La chose avait visiblement été pensée bien avant, mais il ne s’agissait surtout pas d’en laisser l’effet d’annonce à un membre du gouvernement sortant du Conseil des ministres, à une député furtif de la majorité lâchant le morceau prématurément, voire à un secrétaire d’Etat entre deux chambres ou un communiqué évaporé à l’AFP. Nicolas Sarkozy était d’accord avec tout, partageait les réticences et les indignations de chacun, quitte à surenchérir en expliquant, dossier bien en tête, le côté scandaleux de chaque situation : "C’est insupportable, je ne laisserai pas, ne comptez plus sur moi, je n’accepte pas, il est intolérable que, je ne veux plus entendre" !!! Un Martien débarquant à l’improviste croirait tomber sur le chef de l’opposition. A Laurence Ferrari, qui l’interroge sur l’affaire Proglio, il oppose "La responsabilité des syndicats qui exigent le maintient de leur patron à la tête de Véolia" au "seul désir de polémique stérile des partis politiques".

Pas une question ne le met mal à l’aise, il connaît chaque dossier sur le bout des ongles et se permet de temps en temps un chiffre, une date ou une statistique sous le regard médusé de son interlocuteur. C'est à se demander si les sujets n'ont pas été préparés entre TF1 et la présidence. A croire que le Président de terrain, toujours en première ligne, prêt à monter au front, s’est laissé convaincre d’adopter la stature du commandeur, avec le recul de rigueur qui sied à l’arbitre rassembleur. "Français, mes amis, je partage votre colère". Même la gestuelle semble avoir été travaillée avec des tics en déflation et une élocution sérénisée.

Bien mise en scène, réglée comme un coucou suisse, la prestation nous révélé un Nicolas Sarkozy en parfaite possession de ses moyens, plus pertinent et opérationnel que jamais, prêt à prendre la défense du citoyen contre les paresseux, les nantis, les tricheurs, les arrogants, les puissants et les profiteurs qui l’ont porté au pouvoir, bien malgré lui, et dont il défend les intérêts, bien malgré lui. Nous avons assisté lundi soir sur TF1, non plus à un festival, mais à un palmarès de marketing politico-médiatique. Ce ne fut pas seulement le triomphe de l’image, mais celui de la télé d’Etat, ci-devant TF1, au cours d’un documentaire en direct, somme toute terriblement ennuyeux ...

lundi 11 janvier 2010

samedi 9 janvier 2010

Le Portugal légalise le mariage gay ...

Pays de forte tradition catholique longtemps réputé rétrograde, le Portugal a légalisé, dans une relative indifférence, le mariage homosexuel voté ce vendredi en première lecture par le Parlement. Cette loi autorise le mariage homosexuel mais interdit l'adoption par des couples de même sexe.

Au nom de "la liberté, de la justice, de l'égalité et de l'humanisme"
Le Premier ministre portugais José Socrates est intervenu devant le Parlement pour défendre, en personne, le mariage homosexuel au nom de "la liberté, de la justice, de l'égalité et de l'humanisme".
"Cette loi vise à réparer des décennies d'injustices faites aux homosexuels", a déclaré devant les députés le chef du gouvernement socialiste, rappelant que, "jusqu'en 1982, le Portugal vivait dans cette situation absurde et révoltante de considérer l'homosexualité comme un crime prévu et puni par la loi".

Contrairement à l'Espagne où la légalisation du mariage gay en 2005 avait suscité une forte contestation, le texte n'a suscité au Portugal qu'une opposition discrète des associations proches des milieux catholiques, la droite évitant soigneusement tout jugement moral sur la question.
Et tout en rappelant régulièrement la doctrine de l'Eglise sur le mariage et la famille, la hiérarchie catholique portugaise s'est refusée à mobiliser ses ouailles sur un sujet qui, selon le cardinal-patriarche de Lisbonne Mgr José Policarpo, est "de la responsabilité du Parlement".

Selon un sondage réalisé en novembre par l'institut Eurosondagem pour plusieurs médias portugais, si une très forte majorité de Portugais (68,4%) reste opposée à l'adoption par des couples de même sexe, ils sont nettement plus partagés sur la question du mariage homosexuel (49,5% contre 45,5% pour).
Mardi, une "plateforme citoyenne" a remis à l'Assemblée une pétition de plus de 90 000 signatures pour exiger la tenue d'un référendum. Conformément à la Constitution, cette demande a été soumise ce vendredi au Parlement mais a été rejetée par la gauche.

Echaudé sans doute par le précédent de l'avortement qui avait nécessité deux référendums avant d'être finalement dépénalisé en 2007, le gouvernement socialiste a exclu cette fois toute consultation populaire jugeant avoir "toute légitimité" pour faire voter par le Parlement une mesure inscrite à son programme électoral.
Selon plusieurs médias portugais, le gouvernement socialiste comme la hiérarchie catholique souhaitait que la question soit "réglée" avant la visite du pape, prévue du 11 au 14 mai.

L'union homosexuelle en Europe

Le Portugal devient le sixième pays a autorisé le mariage homosexuel.
Le pays qui a ouvert la voie, c’est le Danemark, en 1989. Il crée alors un "partenariat enregistré", réservé aux couples de même sexe. Quatre ans plus tard, la Norvège embraye. Puis la Suède en 1995. Et hors UE, l’Islande en 1996. Révolutionnaire, mais il ne s’agit pas encore de mariage à proprement parlé.
La France alors innove en 1999, créant son Pacs -pacte civil de solidarité- ouvert à tous les couples. L’Allemagne invente en 2001 un "partenariat de vie", permettant aux gays de porter le même nom et de bénéficier, en matière d’héritage, des mêmes droits que les couples mariés. Suivront plus récemment la Finlande en 2002, la République tchèque en 2006, la Suisse en 2007. Pleins de nouveaux contrats, aux dénominations variées, mais toujours point de mariage.
C’est aux Pays-Bas que seront célébrées en Europe les premières vraies unions gays, en 2001. Puis en Belgique en 2003, en Espagne en 2005. La Suède et la Norvège enfin ont remplacé en 2009 leurs partenariats des années 90 par des mariages en bonne et due forme. Le Portugal va donc peut-être venir allonger la liste... "Le mariage homosexuel a déjà été adopté par de nombreux pays. Et il sera adopté par bien d’autres, je n’ai aucun doute là dessus", déclare José Socrates.

vendredi 25 décembre 2009

La France va mieux que les autres ... Sarkozy n'y est pour rien !

Pour sa deuxième conférence de presse (je rappelle qu'il en avait promis deux ou trois par an), Nicolas Sarkozy n'a pas pris trop de risques. Il a invité à la dernière minute les journalistes économiques, et leur a demandé explicitement de limiter leurs questions à l'économie. Ceux-ci ont été très disciplinés.

Surtout, il a donné cette conférence pour annoncer un plan de revitalisation de l'économie contre lequel il est difficile d'être scandalisé : plus d'argent pour les universités, plus d'argent pour la recherche, plus d'argent pour les énergies renouvelables, etc ...
Enfin, le moment est bien choisi : la France vient d'annoncer qu'elle terminera l'année avec une récession inférieure à celle des voisins : le recul est de 2,2%, à comparer aux -5% allemands, aux -4,7% britanniques et aux -4,6% espagnols ...

Les questions ont été polies, y compris celle du directeur de "Libération", Laurent Joffrin, qui a commencé par saluer la performance économique de la France dont, suppose-t-il, "il serait injuste de dire que le gouvernement n'y est pour rien".
Eh bien, soyons "injustes" ! La vérité, c'est que gouvernement n'est pour rien dans la performance française (si tant est qu'on puisse appeler "performance" une baisse de la croissance de 2,2% !).

Certes, Nicolas Sarkozy a eu raison de ne pas écouter, fin 2008, les sirènes orthodoxes, surtout dans son camp, selon lesquelles toute relance serait catastrophique pour les comptes publics. Il donc a fait ce que tout gouvernement occidental a fait : il a laissé jouer les "stabilisateurs automatiques", c'est à dire qu'il n'a pas cherché à compenser par des coupes budgétaires les baisses de recettes fiscales liées à la crise (moins d'activité = moins de TVA).
Il a laissé le déficit s'accroître, comme l'ont fait tous ses collègues européens et américains. Et il n'a pas appuyé aussi fort que d'autres sur la pédale : Londres et Washington, par exemple, ont engagé des mesures bien plus massives en faveur des ménages.

Pourquoi dès lors la France a connu une récession moindre ? Pour trois raisons.

1. La première, c'est que l'économie française est moins "financiarisée" que les économies anglosaxones, et elle n'a pas subi de plein fouet l'éclatement de la bulle.
2. La deuxième raison, plus cruelle, est rappelée par l'économiste Patrick Artus dans "Libération" : la France a été moins touchée parce qu'elle s'est "désindustrialisée". La chute de la demande globale a frappé de plein fouet les grands exportateurs de biens d'équipement, dont la France ne fait plus partie. Artus donne des chiffres : l'emploi industriel ne s'élève qu'à 12% en France, contre 20% en Allemagne, les exportations représentent 22% du PIB en France, contre 50% en Allemagne…
3. Enfin, la France a été protégée par cet Etat-providence que Sarkozy rêve d'effilocher. Lors de sa conférence de presse, il a de nouveau comparé, avec une moue, le poids des dépenses publiques à celui des autres pays. Rendez-vous compte, "52% en France contre 42% en Allemagne" ! Pire, a-t-il même ajouté, "Nous avons dépassé la Suède !"

Paradoxalement, c'est cette importante dépense publique (pour la santé, l'éducation, la sécurité économique ou physique des citoyens) qui a permis d'amortir le choc de la crise. Par nature, la dépense publique est bien moins sensible aux aléas de la conjoncture que ne l'est la dépense privée.
Certes, il n'est pas très heureux de voir la France perdre du terrain sur les marchés internationaux et il est sain de s'assurer que la taille de l'administration publique n'est pas démesurée en comparaison aux services qu'elle rend.
Mais s'il est question de tenir un discours de vérité, il faut reconnaître que, pour une fois, ce sont ces "handicaps" qui ont permis aux Français d'être un peu mieux protégés que les autres contre la crise, et pas les quelques cadeaux fiscaux aux ménages aisés ou aux patrons de restaurants.

vendredi 4 décembre 2009

"Kes" de Ken Loach

synopsis :
Dans un village du Yorkshire, Billy, 15 ans, vit entre sa mère, Mme Casper, désireuse de retrouver un mari, et Jud, son demi-frère bâtard et joueur de courses. Billy, élève rêveur, lecteur de bandes dessinées, voleur et solitaire, découvre un jeune faucon dans un nid. Intéressé par cet oiseau sauvage, il vole un livre sur la fauconnerie dans une librairie et entreprend d'apprivoiser et de dresser l'animal. Farthing, un de ses professeurs, découvre la passion de son élève et admire la complicité qui unit Billy à Kes, son faucon.
Il est le seul enseignant complice de Billy, persécuté par le professeur de sport et le proviseur de l'établissement. Ayant gardé l'argent que Jud lui a donné pour jouer aux courses, le jeune garçon s'en sert pour s'acheter des frites et de la nourriture à son oiseau, après qu'un homme rencontré dans l'officine du preneur de pari lui a dit que les chevaux choisis par son frère n'avaient aucune chance. Furieux, Jud, dont les chevaux élus sont arrivés gagnants, vient chercher son frère à l'école mais Billy lui échappe en se cachant.
Après un court entretien avec un conseiller d'orientation du Bureau de placement, le garçon court vers la cabane où vit son rapace. L'oiseau n'est plus là. Il le cherche en vain. Arrivé à la maison, Jud et sa mère reprochent à Billy de ne pas avoir parié. Par vengeance, ...

En 1969, pour son deuxième film, Ken Loach s’affirme déjà comme le grand cinéaste social qu’il allait devenir. “Kes” est un film pleinement aboutit …
Ce qui constitue la richesse de "Kes", c’est cette notion d’apprentissage qui est déclinée tout le long de l’intrigue sous plusieurs niveaux de lecture. Billy, le jeune héros du film est un garçon d’une douzaine d’années, un peu sauvage, peu doué pour l’école et qui vit avec une mère absente et un demi-frère qui le malmène. Il est la tête de turc de ses camarades, plus forts que lui qui est petit et frêle, ainsi que le bouc-émissaire de ses professeurs.

Billy trouve la paix et la clé de son épanouis -sement person- nel en se prenant d’intérêt pour un faucon qu’il nomme Kes. Il se met en quête de le dresser. “Un faucon ne s’apprivoise pas” dit-il, “Il se dirige”. C’est effectivement cette idée qui nourrit le film dont il est évident que la relation qu’entretien le garçon l’oiseau est une métaphore parfaite de ce qui se passe par ailleurs autour de lui. Le faucon n’est pas le seul animal sauvage que l’on met en cage et à qui on souhaite enseigner quelques notions. Billy, comme ses camarades, sont des garçons issus de milieux sociaux et qui se retrouvent comme emprisonnés par un système éducatif rigoriste qui le leur apprend rien sinon la soumission face à la discipline, face à la menace.

"Kes" est un film dur pour son héros, lequel n’est pas épargné, moins encore que les autres enfants lesquels sont tous exploités et doivent lutter pour exister. Ils subissent la tyrannie d’adultes qui n’éprouvent que peu de considérations pour eux. Néanmoins, la peinture sociale très noire trouve un peu de lumière, notamment dans cette très belle scène ou le paria Billy captive son professeur et ses camarades de classe en exposant sa méthode de dressage de son faucon.

Réalisé en 1969, le film correspond évidemment dans sa façon de décrire les rapports entre la jeunesse et leurs parents, à quelques enjeux de Mai 68 (pour la France, car le phénomène n’était pas circonscrit à la Sorbonne, ...)
Le cinéaste est crédité au générique sous le nom de Kenneth Loach. Le diminutif viendra plus tard mais ce qui est déjà là, c’est tout ce qui fera la singularité, la marque du cinéma de Ken Loach jusqu’à aujourd’hui. Loach aura toujours manifesté son intérêt pour les laissés pour compte de la société, ceux qui se débattent avec leurs moyens, pas forcément légaux, pour rester droits et dignes, pour trouver une place dans la société. "Kes" est l’oeuvre d’un jeune cinéaste qui se cherchait encore sans doute mais qui affichait déjà une belle maîtrise narrative, une profondeur humaniste, et une manière unique de capter le réel.

"Nikarim divrei emet" ...

Lorsqu’il a pris conscience de son homosexualité, la première image qui est venue à l’esprit de Ron Yosef, est celle de Moïse brisant les Tables de la Loi. "Quand à 18 ans, j’ai pu mettre des mots sur ce que je ressentais, ça a été un véritable cataclysme. J’ai pensé au dépit de Moïse descendant du Sinaï et voyant son peuple infidèle s’adonner à l’idolâtrie. Je me suis senti trahi. Tout d’un coup, le monde n’était plus le même : je n’avais plus que des questions dans la tête, décuplées par les clichés et les préjugés d’un adolescent issu du milieu orthodoxe", confie le premier et seul rabbin orthodoxe en Israël à afficher publiquement son homosexualité.
Après des années de doutes et de tâtonnements, Ron Yosef, âgé de 35 ans, a fait une sortie spectaculaire en avril, en participant à un magazine d’investigation télévisé très populaire. Il était déjà connu, sous son seul prénom, comme le fondateur de HOD (acronyme pour les mots hébreux "homosexuels" et "religieux"), la première association, créée début 2008, revendiquant une coexistence possible entre identités homosexuelle et juive orthodoxe. Son cheval de bataille : la reconnaissance de l’homosexualité masculine, largement occultée au sein du monde orthodoxe, et l’ouverture de discussions rabbiniques sur le sujet afin d’aider les homosexuels religieux à concilier leur double identité.

«J’ai pensé que j’avais la responsabilité, comme juif et comme rabbin, de dire devant tout le monde : "Voilà, vous avez en face de vous un rabbin orthodoxe homosexuel. Maintenant vous ne pourrez plus dire que les homosexuels religieux n’existent pas"», explique-t-il. Depuis cette prestation télé, il a de nombreuses fois revendiqué son homosexualité dans les médias israéliens et étrangers et a participé, en tant que conseiller, au tournage du film de Haïm Tabakman, "Tu n’aimeras point". Histoire d’une passion folle entre un boucher ultra-orthodoxe de Jérusalem et un jeune étudiant d’une école talmudique, le film a été très remarqué en mai au Festival de Cannes, avant de connaître un certain succès à la rentrée en France.
L’homosexualité est un des plus grands tabous du judaïsme. Contrairement à de nombreux interdits, qui sont issus des exégèses de l’Ancien Testament, la Torah mentionne explicitement l’acte sexuel entre hommes comme une "abomination" (Lévitique, 18, 22), donnant une force particulière à l’interdiction. Malgré l’ambiguïté des relations, souvent interprétées comme homosexuelles, entre les personnages bibliques de David et Jonathan, le monde orthodoxe juif rejette en bloc ses homosexuels, assimilés, dans le meilleur des cas, à des "malades" qu’il faut "débarrasser de leur mauvais penchant". Du coup, la grande majorité d’entre eux se marient pour ne pas être mis au ban de leur communauté.

Ces discriminations contrastent avec l’ouverture de la société israélienne non religieuse sur le sujet de l’homosexualité. Tel-Aviv est une des grandes capitales gays mondiales, et les tribunaux israéliens ont accordé de nombreux droits aux couples homosexuels : droit à l’adoption, congé de paternité, mêmes avantages fiscaux que les couples hétérosexuels. "Les homosexuels juifs religieux, de même que ceux de la société traditionnelle arabo-musulmane, sont les plus en souffrance au sein de la communauté gay en Israël", souligne le député du parti Meretz (extrême gauche) Nitzan Horowitz, le seul représentant ouvertement gay de la Knesset. Et d’ajouter : "Ils sont souvent persécutés, soumis à des violences psychologiques et physiques."
Le coming out de Ron Yossef lui a valu, de fait, des menaces de mort et des dessins de pendus accrochés à sa porte. Certains rabbins ont fait pression, en vain, sur sa famille et ses amis pour qu’il quitte la synagogue de Netanya, près de Tel-Aviv, où il officie depuis douze ans. Toujours est-il que la revendication de Ron Yossef et la popularité de son association HOD ont bouleversé les codes du monde orthodoxe. Jusque-là, la seule association s’adressant aux homosexuels religieux leur proposait une "aide" sous forme d’ateliers destinés à "soigner les penchants homosexuels" des participants et à les ramener dans la norme hétérosexuelle.

Avec HOD, Ron Yossef a fait le pari de concilier ce qui jusque-là était jugé inconciliable. Il explique que la loi juive n’interdit pas l’identité homosexuelle : La loi juive interdit spécifiquement les relations sexuelles entre deux hommes. Mais il y a une différence entre cet interdit et le fait d’être attiré par une personne du même sexe, qui, lui, n’est pas interdit. La halacha -l’ensemble des règles de vie stipulées par le judaïsme- ne s’intéresse qu’aux actes sexuels, pas à l’identité sexuelle. Cette distinction ouvre tout un champ de questions : si l’attirance n’est pas interdite, pourquoi alors prôner des thérapeutiques pour la changer ? Pourquoi faudrait-il se marier ? Le judaïsme se doit de donner des réponses aux religieux homosexuels, estime-t-il, reprochant aux rabbins orthodoxes de ne jamais s’être penchés sur le problème "par hypocrisie".
"Le judaïsme traite des moindres détails de la vie quotidienne, jusqu’à te dire quel type de savon il est permis d’utiliser. Mais il se tait sur l’homosexualité, un problème tellement crucial pour les dizaines de milliers d’individus concernés. Ce n’est pas une position tenable. Les rabbins ne peuvent pas se contenter de dire aux homosexuels que les relations entre personnes du même sexe sont interdites. Ils ne peuvent pas nous condamner à l’abstinence, alors que le vœu de chasteté est étranger à la religion juive. Comme sur tous les autres sujets, ils doivent décider ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Sinon, qui sommes-nous ? Des créatures sans désir ? Des espèces de Martiens, et non des êtres humains ?" s’indigne-t-il.

Conçu au départ comme un simple site internet d’information à destination des homosexuels désireux de concilier leur identité sexuelle et les préceptes religieux juifs, HOD a largement dépassé les ambitions initiales de Ron Yossef. Le site a enregistré près de 300 000 connexions depuis sa création, et 2 000 personnes se sont adressées à l’organisation pour obtenir un conseil. Des groupes de discussion se réunissent régulièrement, divisés en deux catégories : l’une pour les hommes mariés, l’autre pour les jeunes entre 18 et 25 ans.
"La plupart des hommes mariés qui s’adressent à HOD ont la trentaine, déjà trois ou quatre enfants, et n’ont jamais pu parler à quelqu’un de leur homosexualité, explique Ron Yossef. Le simple fait de voir qu’ils ne sont pas seuls leur enlève un poids énorme. On ne leur dit pas de divorcer, ce serait contraire à la halacha, et s’ils prennent cette décision, ils doivent la prendre seuls. Mais le fait de pouvoir, pendant deux ou trois heures, parler de leurs difficultés leur rend la vie un peu plus supportable."
Le fondateur de HOD a rédigé une lettre ouverte en dix points, envoyée aux rabbins et leaders du monde orthodoxe. Tout en affirmant son attachement aux préceptes du judaïsme orthodoxe, il souligne que les religieux ne devraient pas être obligés de se marier s’ils se disent homosexuels, et qu’ils devraient pouvoir continuer à participer à la vie de leur communauté. Ses efforts commencent à payer : plusieurs dizaines de rabbins orthodoxes ont soutenu publiquement son manifeste. Parmi eux, Youval Sherlo, une des personnalités du judaïsme orthodoxe, directeur d’un centre d’études talmudiques dans la banlieue de Tel-Aviv.

"L’interdit religieux sur l’acte sexuel entre hommes est intangible, mais l’attitude du monde religieux à l’égard des homosexuels est en train d’évoluer. Il y a encore quelques années, l’immense majorité des rabbins se contentaient de leur dire "Marie-toi ! Tout rentrera dans l’ordre après ton mariage." Aujourd’hui, de plus en plus de rabbins tentent de les comprendre et de les aider. Ils ne sont plus systématiquement rejetés par leur famille. Il y a une lente prise de conscience de la réalité de l’homosexualité et de la souffrance endurée par les homosexuels religieux", explique Youval Sherlo.
Sur ses difficultés et son parcours, Ron Yossef est peu prolixe. Assis sous la lumière blafarde du néon de sa cuisine impeccablement rangée, où des bénédictions juives côtoient un petit drapeau arc-en-ciel, il dit sobrement qu’il "ne veut pas que d’autres vivent ce qu’il a vécu". Il évoque les premières années qui ont suivi la prise de conscience de son homosexualité : "Il n’y avait rien : pas d’aide, pas Internet, personne vers qui se tourner. Je vivais des vies parallèles. Je faisais comme si j’étais straight, que je voulais me marier, que je m’intéressais aux filles. Et je me rendais à des réunions clandestines d’homosexuels religieux à Tel-Aviv. J’avais toujours cette peur de ne pas suffisamment cloisonner les deux mondes, que mon rabbin me jette, ou que le directeur de la yeshiva -centre d’études religieuses- me renvoie. A un certain moment, il m’est devenu insupportable de vivre dans le mensonge, d’évoluer dans ce monde de la religion, des prières et de la synagogue, tout en sachant que si la vérité sortait, je ne pourrai pas être là."

Depuis, Ron Youssef cherche, et il a commencé à trouver des réponses au dilemme des homosexuels orthodoxes. Avec foi dans l’expression hébraïque "Nikarim divrei emet" : "Les paroles de vérité finissent toujours par s’imposer" ... .

jeudi 3 décembre 2009

Un village breton 100% écolo

Assis dans son bureau, Serge Moëlo, le maire de Silfiac, est intarissable sur son nouveau projet : un pôle intergénérationnel, qui abritera des logements pour personnes âgées dépendantes et des studios pour les puéricultrices de la commune. Pendant qu'il parle, il ne cesse de fouiller dans les nombreux dossiers qui encombrent la pièce, avant de brandir triomphalement les plans du futur bâtiment. "Nous voulons installer une centrale photovoltaïque sur le toit, pour en faire un bâtiment à énergie positive" s'enthousiasme-t-il. Des projets comme celui-ci, Serge Moëlo en a plein la tête. Maire de Silfiac depuis 1995, c'est en grande partie sous son impulsion que cette petite commune de 450 habitants a fait le choix du développement durable, il y a près de dix ans.

Nichée au cœur de la Bretagne, aux confins du Morbihan, dans cette zone que l'on a souvent décrite comme désertée, voire condamnée, rien ne prédisposait Silfiac à devenir une référence en matière de développement durable. Largement tourné vers l'agriculture, le village voit peu à peu disparaître ses habitants. Au début des années 1990, son école est menacée de fermeture. "Je suis arrivé à un moment où il fallait réagir, on était au fond du trou", explique Serge Moëlo. Alors adjoint au maire, il s'évertue à sauver l'école du village grâce à des initiatives originales. Avec d'autres conseillers municipaux et les enseignants, il explique aux élèves la vie municipale. Les enfants organisent un vote dans toute la commune pour baptiser leur école, et vont jusqu'à réaliser un vrai-faux mariage breton, avec banquet et documents d'état civil à l'appui. Peu à peu, les habitants de Silfiac regardent d'un autre œil ce drôle d'adjoint aux initiatives si peu orthodoxes.

La commune investit dans le tourisme vert, développe des sentiers de randonnée, préserve son bocage. En 2001, elle franchit un cap. Silfiac possède une quinzaine de terrains à vendre. Le conseil municipal se prononce en faveur d'un hameau écocitoyen. Développé en Allemagne ou en Scandinavie, ce concept vise à associer normes environnementales sévères et organisation sociale responsable. "On a dû élaborer un cahier des charges, définir des objectifs en matière d'économies d'eau, d'énergie, de mixité sociale" se souvient Serge Moëlo. Une quinzaine de maisons s'élèvent aujourd'hui à la sortie du bourg. Les habitants viennent de toute la France, ravis d'avoir enfin trouvé un endroit où réaliser leur rêve écologique. D'autant que la plupart d'entre eux ont des revenus modestes, et accèdent pour la première fois à la propriété. Françoise, jeune retraitée, arrive de Paris. Elle a opté pour une maison bioclimatique, toute en bois, et se chauffe grâce à un système géothermique. "C'est un projet que je nourrissais depuis longtemps, j'ai étudié les différentes possibilités avec un cabinet d'architecte avant de me décider," dit-elle.

L'électricité provient des trois éoliennes qui surplombent le village, les eaux usées du bourg sont en partie assainies grâce au lagunage, les déchets sont triés, les espaces verts sont biologiques… "Cela prouve qu'il est possible de vivre de manière plus durable" affirme le maire. Des réalisations qui n'auraient pas été possibles sans le réseau de solidarité tissé avec une centaine d'autres villages bretons engagés dans le développement durable, et sans les subventions accordées par la région, le département ou l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). "Si des petites communes comme les nôtres peuvent le faire, alors les grandes villes n'ont plus d'excuses" sourit Serge Moëlo d'un air malicieux. Grâce à son dynamisme, Silfiac a pu développer l'emploi local, conserver son école, et même attirer de nouveaux habitants. Serge Moëlo, quant à lui, a atteint l'objectif qui lui tient à cœur : redonner aux habitants une meilleure opinion d'eux-mêmes. "On a longtemps vu la campagne comme un univers en perte de vitesse, uniquement voué à la désertification. Aujourd'hui, ils se rendent compte qu'ils peuvent être porteurs de solutions, que le monde rural est au cœur des enjeux de notre société".

lundi 30 novembre 2009

Chômage : et si la solution venait de France Télécom ... !

DSK, la stratégie du futur candidat

Surtout, ne pas en parler. L’entourage est très sollicité pour ne rien dire.
Ses amis politiques auraient presque préféré que Dominique Strauss-Kahn passe incognito à Paris. Mais ces dernières quarante-huit heures, on l’aura beaucoup vu. Beaucoup entendu. Hier, au Cercle de l’union interalliée, où il dissertait à la prestigieuse initiative de l’hebdomadaire britannique "The Economist" sur "la nouvelle donne entre banques, gouvernements et régulateurs". Qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est le candidat PS à la candidature qui fait escale en France. Mais bien le directeur général du FMI qui, jurent ses proches, ne fait là que son job. Rien que son job…
Ces quinze derniers jours, il était à Rome, en Angleterre et en Ecosse, à Singapour et Washington. "Il passe son temps dans l’avion", dit un fidèle. "A voir sa tête, il est crevé", constate un autre. A Paris, il ne fera donc, officiellement, que visiter l’un des 185 pays situés dans le viseur de l’institution financière. "C’est le directeur du FMI qui vient nous faire partager sa vision de la crise, résume le député strauss-kahnien Jean-Jacques Urvoas. Il serait frustrant qu’il s’adresse au monde entier et oublie de parler aux Français …"

DSK revient. Pas pour longtemps. Pour plus tard ? Ses proches se feraient occire plutôt que d’en démordre. La condition sine qua non : réussir au FMI. Ça ouvre tous les possibles. En attendant, DSK se tient à mille lieues de la rue de Solférino. Parce que la posture l’écarte des dissensions du parti et lui forge une image d’homme d’Etat et d’action : "Il a la chance de pouvoir réguler la mondialisation pendant qu’au PS, on disserte dessus", ajoute ce fidèle. Et, aussi parce que son statut le lui interdit. Lors de son premier come-back fin janvier 2008, il avait débarqué à la Mutualité à l’occasion d’un conseil national du PS. Jusqu’à faire la une des quotidiens, et se faire recadrer par le conseil d’administration du FMI avec interdiction de se mêler de politique française. Depuis, plus un traître mot des affaires socialistes. Ses partisans feignent de s’en accommoder : "Je vais l’écouter avec beaucoup d’attention, dit la jeune strauss-kahnienne Sibeth N’Diaye. Mais je n’attends pas une vérité révélée ou cachée sur son éventuel retour. Il est naturel qu’il s’intéresse à la politique française, comme il est naturel qu’il s’applique un devoir de réserve."

Cette débauche de préventions masque pourtant mal la nette envie de DSK qui semble, ces jours-ci, prospérer. Une récente batterie de sondages l’a mesurée : à la Bourse de l’opinion, sa cote grimpe. Au point de l’installer, aux yeux des sympathisants de gauche, en tête des présidentiables PS. Et même en possible vainqueur - de peu - de Nicolas Sarkozy au deuxième tour de 2012. Avec le risque, d’ici là, que la bulle n’éclate. Ses proches ont flairé le danger, qui brandissent "une instrumentalisation élyséenne" destinée à resserrer les rangs de la majorité. A preuve la une de l’hebdomadaire Valeurs Actuelles de la semaine dernière qui le pose "en homme qui inquiète la droite". D’où la crainte d’un démarrage précoce. "Cette grossesse nerveuse vient trop tôt. Ça n’arrange pas nos affaires du tout", convient son lieutenant et fondé de pouvoir au sein de l’appareil socialiste, Jean-Christophe Cambadélis. "Ce n’est pas parce qu’on est loin des yeux qu’on est loin du cœur, confirme Jean-Jacques Urvoas. Il a encore deux ans et demi au FMI. S’il sort du bois aujourd’hui, tout le monde le tire à vue."

Alors, candidat ou pas ? "Même parmi ses très proches, personne n’en sait rien", glisse un conseiller. Le principal intéressé, lui, ne pipe mot. Dans un parti souffrant de crise de foi chronique, le mutisme du potentiel imam caché des socialistes incite aux exégèses. "C’est comme dans toutes les religions révélées, il y a des prophètes autoproclamés et d’autres vraiment touchés par la grâce, dit un adepte. Le mieux serait que Dieu parle. Mais comme il ne dit rien, beaucoup parlent en son nom." Son proche entourage s’en agace : "Il y a trop de ventriloques ! Mais Strauss-Kahn ne donne de signe, ni de consigne à personne." Ce conseiller poursuit : "Evidemment, ça fait plaisir d’être haut dans les sondages. Mais ça le laisse un peu froid. Il en prend acte, point barre." Jean-Christophe Cambadélis, lui, évacue : "Dominique n’est pas candidat et il ne s’y prépare pas. Il n’est pas un obsessionnel de la présidentielle. Il est incroyablement dans le moment, et ne se projette pas du tout dans les trois ans à venir."
Pas de plans sur la comète socialiste donc. Et du coup, pas de quoi rompre avec sa réputation de compétiteur velléitaire. Du moins pour l’instant. Son entourage, toujours en pointe côté storytelling, préfère vendre un DSK qui "a terriblement changé au FMI. On retrouve le Strauss-Kahn de la fin des années 90, après sa nomination au gouvernement Jospin, très inventif, avec beaucoup d’appétence, de densité." Et souligner «son intelligence plus que pétillante" plutôt que sa réputation de coureur. "Des histoires d’alcôves, tout le monde en a dans son cartable", assure un proche. "Les gens s’en foutent, l’opinion n’en a rien à secouer", se rassure un autre.

Réseau dormant. Un marketing sans relâche pour un packaging sans tache. Voilà qui ne suffit pas à combler ses amis socialistes, qui piaffent. "Il n’y a pas vie collective, pas de réunion pour savoir ce que souhaitent les strauss-kahniens", regrette l’élu francilien Jean-Paul Planchou. "Pas la peine. Il faut respecter son rythme et sa décision. Il n’y a pas lieu de se réunir", répond un jeune du sérail. En attendant, pas une lettre, pas un coup de fil… "Strictement rien", se lamente un troisième. Le réseau dormant a pourtant une stratégie. Beaucoup d’échanges par Blackberry. Et même quelques raouts : dernier en date, celui tenu "en toute discrétion" à la région Ile-de-France, au lendemain des élections européennes, avec 200 adeptes. La ligne, fixée par Jean-Christophe Cambadélis : "La priorité de Dominique est de réussir au FMI, et notre priorité est de faire réussir Aubry. Pour le reste, il faut laisser faire la main invisible des sondages …"

Laisser faire, laisser prospérer, donc. Un proche : "Il ne s’agit pas de construire le courant DSK. Mais il n’est pas anormal que Dominique ait des amis partout. Dans tous les courants et au-delà du PS." Ce strauss-kahnien assure d’ailleurs recevoir de plus en plus de signes de ses camarades : "Tu sais, pour moi, c’est Dominique…" Ce qui n’a pas échappé à la concurrence. A commencer par François Hollande, qui plaide pour des primaires dès la fin 2010, histoire de faire obstruction à un retour de DSK. Du côté de Martine Aubry, on veut croire que l’alliance du congrès, réunissant autour d’elle fabiusiens et strauss-kahniens, n’a pas atteint la date de péremption : "Je ne crois pas au fait qu’ils s’opposeront l’un à l’autre, estime François Lamy, conseiller de la première secrétaire. Si Martine est candidate, elle aura une légitimité car elle aura conduit le processus. Si elle n’est pas candidate, la question Strauss-Kahn pourra alors se poser." Quoi qu’il en soit, bien avant la fin officielle de son mandat au FMI, en octobre 2012. Et bien dans le cadre des primaires. "DSK parle de chef d’Etat à chef d’Etat avec Obama et Poutine. On le voit mal revenir pour disputer une primaire contre Manuel Valls", ricane un socialiste. Même s’ils caressent le scénario d’un retour en forme de recours, avec un DSK dans le rôle du sauveur d’un parti toujours en butte à la compétition interne, ses amis assurent qu’il se pliera à la règle du jeu. Avec, néanmoins, une obligation : celle d’un parti en ordre de bataille. Vincent Peillon résume : "Même quand on a autant de talent que DSK, s’il arrive sur une terre brûlée, avec des gens qui s’engueulent à chaque réunion ou qu’on lui impose le Smic à 2 000 euros, ce sera difficile pour lui."

samedi 14 novembre 2009

La dette et Nicolas ...

Il ne suffit pas de se lamenter sur les déficits publics. Il faut aussi se demander quels desseins politiques ils avantagent. L’ultralibéralisme, assurément.

Dans les années 70, on disait : "Au-dessus de 500 000 chômeurs, la France explose."
Dans les années 2000, l’adage devint : "Au-dessus de 1 000 milliards de dettes, la France implose."
Dans les deux cas, nous avons largement dépassé le cap, et la France est toujours là.
Avec du chômage (10 % à la fin de l’année) et de la dette (1 518 milliards d’euros à la fin de l’année).

Disons-le tout de suite : il ne sert à rien de pleurer sur le lait renversé.
La récession la plus violente qu’a connue le pays en 2008 et 2009 commandait de laisser filer les déficits. La dépense publique a remplacé la demande privée, ce qui a permis à l’économie de ne pas sombrer. On aurait pu changer quelques détails, mais rien au principal.

Inutile donc de crier "la dette, la dette, la dette ! " ou de se lamenter sur la disparition des critères de Maastricht. La dette, nous l’avons sur les bras. Et pour longtemps. Selon les projections mêmes du gouvernement, elle atteindra 91 % du PIB en 2012. Et il n’y aurait aucune chance de la voir régresser avant 2015. De quoi dire, parodiant François Mitterrand en un sanglot : "Contre la dette, on a tout essayé !"

En revanche, une question mérite d’être posée : que Nicolas Sarkozy fera-t-il de cette dette dont plus du tiers aura été amassée sous son quinquennat ? Certains à gauche, au centre, croient identifier le futur talon d’Achille de sa campagne électorale de 2012. Ce sera l’heure des comptes, et il faudra bien que le président assume une telle impéritie devant les électeurs !
Un boulevard s’ouvrirait pour l’opposition ?

Et si c’était tout le contraire. La dette peut très bien ouvrir le chemin de la victoire au président de la République. Mieux, en grossissant chaque jour, elle donne d’autant plus de corps au projet libéral. Car, pour la maîtriser, le plus simple, le plus compréhensible aux yeux de l’opinion, n’est-il pas de réduire la dépense ? Et qu’est-ce qui dépense ? L’Etat "obèse" d’une part, la protection sociale "dispendieuse" de l’autre ! Le concept curieux de "bonne" et "mauvaise" dette est déjà installé dans le débat public, sans faire plus débat, depuis le même discours de Versailles. On sait chiffrer les mauvais déficits, dits "structurels" : 30 milliards du côté de la Sécurité sociale, une quarantaine du côté de l’Etat. Trois pour cent du PIB, en somme.
L’opposition, poussée à réclamer des hausses d’impôts, est piégée. Le projet est déjà à l’œuvre. Pourquoi le président de la République avance-t-il à 2010 la négociation sur l’avenir des retraites prévue initialement en 2012 ? Parce que, l’an prochain, les recettes de la Sécu, indexées sur la masse salariale, seront au plus bas, à cause de la crise. On dira alors : "Regardez, si nous continuons comme cela, la dette va encore augmenter."
Contre une hausse des cotisations, les solutions "individuelles" seront alors mises en valeur.

L’Etat lui-même n’y échappe pas. Si l’on réduit le nombre de fonctionnaires, c’est au nom du combat contre les déficits. Deux cent mille postes, 5 % des effectifs, ont disparu depuis 2007, un véritable plan social !
Il ne s’agit pas de s’attaquer à l’Etat providence, par pur plaisir pervers et ultralibéral. Depuis longtemps, l’élite française cherche à retrouver "la compétitivité" sur la scène économique mondiale. Le raisonnement est, là encore, simple, voire simpliste : les grandes entreprises françaises, dans leur combat contre la concurrence, sont lestées de taxes destinées à nourrir l’ogre étatique et social.
La France aurait 4 points de PIB d’impôts de trop par rapport à ses partenaires européens. Réduire ce fardeau est une obsession. En 2007, Nicolas Sarkozy avait ainsi tenté de faire passer la TVA sociale, qui permettait de retirer 4 à 5 milliards d’euros de charge aux entreprises en les reportant sur les consommateurs. Il dut reculer devant la bronca des électeurs. Peu de gens ont remarqué qu’en supprimant la taxe professionnelle (10 milliards en année pleine), le président de la République vient de réussir là où il avait échoué, et bien au-delà, en tirant un nouveau chèque sur l’avenir. Le grand emprunt lui-même est frappé du sceau de la compétitivité, puisque les projets qui seront financés devront être "rentables immédiatement".

Moins de fonctionnaires, moins de protection sociale, moins d’impôts et des entreprises plus profitables : c’était déjà le programme de Nicolas Sarkozy en 2007. La crise l’avait interrompu. La dette le remet à l’ordre du jour pour 2012.

lundi 9 novembre 2009

Berlin fête ses vingt ans de liberté

Vingt ans après la chute du Mur, le centre de Berlin est de nouveau divisé. Dressée à l'endroit exact où s'élevait le mur de la honte, une barrière de dominos sépare la capitale allemande. Hautes de 2,50 mètres, les 1000 stèles multicolores, toutes décorées de motifs différents, sont alignées le long des édifices les plus symboliques de Berlin : la porte de Brandebourg, le Mémorial de l'Holocauste et le Reichstag, où siège le Parlement allemand.

Le mur de dominos, qui s'étire sur un 1,5 km de la Potsdamer Platz jusqu'à la rivière Spree, doit s'écrouler lundi soir, symbolisant ainsi l'effondrement de la dictature communiste, l'ouverture démocratique et la liberté. L'ancien président polonais Lech Walesa renversera le premier domino. «J'ai le mandat de le faire, la Pologne a ce mandat, car c'est en 1980, à Gdansk, que le premier mur était tombé, au cours des grèves des chantiers navals qui ont donné naissance à Solidarité, le premier syndicat indépendant du bloc communiste, a-t-il souligné. Nous avons vaincu le communisme, et les gens en Allemagne de l'Est ont commencé à fuir via les ambassades d'autres pays. Le mur de Berlin est tombé grâce aux fugitifs. Je m'inquiétais que le leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev décide de stopper la fuite des masses et détruise ainsi notre victoire. Le jeu était dangereux. Il est bon que Gorbatchev ait été un homme politique faible et que tout se soit bien passé.»

Les dominos en polystyrène ont été peints par des écoliers à travers le monde, notamment là où des murs divisent toujours des peuples, comme en Israël et dans les Territoires palestiniens ou à Chypre. Mais aussi par des personnalités symbolisant le combat pour la liberté et la réconciliation, comme le Sud-Africain Nelson Mandela ou le chef d'orchestre israélo-argentin, Daniel Barenboïm.

Des dizaines de milliers de Berlinois et de touristes étrangers, venus assister à la «fête de la liberté», se photographient le long de ce mur symbolique et admirent les fresques.

Lundi soir, les organisateurs attendent des centaines de milliers de spectateurs le long du parcours. Daniel Barenboïm, qui avait donné un concert pour les Allemands de l'Est il y a vingt ans à la Philharmonie de Berlin, dirigera l'ouverture des festivités à la tête de la Staatskapelle.

Entourée du ministre des Affaires étrangères de l'époque Hans-Dietrich Genscher, l'un des pères de la réunification, la chancelière Angela Merkel accueillera l'ex-numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev, Nicolas Sarkozy, le premier ministre britannique, Gordon Brown, ou encore le président russe, Dmitri Medvedev, et le patron de la Commission européenne, José Barroso. Le grand absent sera le président américain Barack Obama, en déplacement en Asie, représenté par sa secrétaire d'État, Hillary Clinton.

«Le 9 novembre 1989 est le plus beau jour de l'histoire récente de l'Allemagne, a commenté samedi Angela Merkel. Ce jour a changé la vie de beaucoup de gens, et la mienne aussi», a ajouté la chancelière, qui a grandi en RDA et est entrée en politique dans le sillage de la chute du rideau de fer.

À Berlin, Rostropovitch a joué pour l'histoire

La photo a fait le tour du monde. Pour une fois, elle n'était pas posée, encore moins préparée. Le 9 novembre 1989, Mstislav Rostropovitch, dit Slava, violoncelliste de génie, musicien universel, citoyen du monde, était bien tranquille dans son appartement de l'avenue Georges-Mandel, dans le XVIe arrondissement de Paris. Lorsqu'il entendit à la radio qu'il se passait quelque chose du côté du mur de Berlin, son sang ne fit qu'un tour. Il avait toujours agi ainsi, tant dans sa carrière musicale - il est décédé en 2007 - que dans sa vie personnelle et son parcours politique : en toute spontanéité, impulsif, sans prévoir. Au petit matin du 11, il appelle son vieil ami le capitaine d'industrie Antoine Riboud, président de Danone, qui avait tant soutenu les initiatives du violoncelliste, notamment au Festival d'Évian qu'ils avaient créé : qu'il fasse, lui dit-il, préparer son avion privé. Riboud lui signale qu'il a tout de même besoin de connaître la destination, ne serait-ce que pour demander l'autorisation d'atterrir. Slava lui répond : «Nous partons pour Berlin.» Et voici deux hommes et un violoncelle envolés pour ce qui n'était pas encore redevenu la capitale allemande. Une fois arrivés, ils montent dans un taxi, mais pour aller où ? Le mur de Berlin est très étendu ! Ils optent pour Check Point Charlie, le point de passage symbolique de l'Est à l'Ouest. Rostropovitch et Riboud descendent de voiture, le musicien sort son violoncelle de l'étui et se rend compte qu'il a oublié un détail : il n'a pas de chaise. Riboud ne se laisse pas perturber par si peu : il entre dans une guérite de gardiens et emprunte le siège de l'un d'eux, récalcitrant au début, puis dubitatif, et enfin résigné. Rostro s'assoit devant le Mur et se met à jouer Bach, que cet homme profondément spirituel avait toujours associé à Dieu.

Ce geste fut très mal compris. On parla de coup de pub, d'exploitation de l'actualité à des fins de communication. C'était mal connaître Slava. Selon sa fille Elena, ce jour-là, il ne joua pas pour le monde, mais pour soi : «C'était son testament personnel, c'était comme si c'était sa propre fête : il avait été obligé de vivre constamment tiraillé entre deux patries, l'URSS et le reste du monde, et le Mur symbolisait à lui seul cette séparation entre deux univers. Il n'avait jamais pensé le voir tomber.» Lui-même se plaisait à répéter que c'était comme si le mur de Berlin séparait «les deux parties de son cerveau». Lorsqu'il commença à jouer, il n'y avait presque personne. Puis les voisins et les passants formèrent un attroupement, photographes amateurs et journalistes se joignant à eux, sans toujours savoir qui ils photographiaient.

Walter Ulbricht

(1893-1973). En 1945, Staline confie au député allemand communiste, exilé à Moscou, l’organisation de la zone d’occupation soviétique (la future république démocratique est-allemande, RDA). Ulbricht supervise la fusion du parti social-démocrate (SPD) et du parti communiste allemand (KPD) en SED, le parti communiste est-allemand. Il en devient le numéro 1 en 1950. En 1960, il est désigné chef d’Etat de la RDA. Confronté à une immigration massive vers la République fédérale allemande (RFA), il ordonne le 13 août 1961, avec l’aval du leader soviétique Khrouchtchev, la construction du Mur. Deux mois auparavant il jurait encore «personne n’a l’intention de construire un mur». Dans les années 60, sa politique économique commence à déplaire à Moscou, qui donne son feu vert à Erich Honecker pour le remplacer à la tête de la SED. Ulbricht doit démissionner en 1971, officiellement pour «raisons de santé». Cependant il conserve jusqu’à sa mort la «présidence» du pays, avec des prérogatives réduites.

Willy Brandt

(1913-1992). Lorsque le Mur est érigé, le maire social-démocrate de Berlin-ouest est aux avant-postes pour réconforter sa population. Devant la discrétion du chancelier allemand Konrad Adenauer, qui met 10 jours pour se rendre à Berlin, et des Occidentaux, qui adressent de simples protestations, Brandt s’écrie «Berlin veut plus que des mots, il veut des actions politiques». Partisan de l’Ostpolitik, il mène une politique de rapprochement entre la RFA, la RDA et le bloc soviétique. Cela lui vaudra le Nobel de la Paix. Elu chancelier en 1969, Brandt signe des traités avec l’URSS, la Pologne et la Tchécoslovaquie. Sous son égide, la RFA reconnaît la RDA et instaure des relations diplomatiques avec elle. En 1974, un scandale éclate : un de ses conseillers se révèle être un espion est-allemand. Brandt doit démissionner.

Erich Honecker

(1912-1994). Le dirigeant des jeunesses communistes allemandes est arrêté par les nazis en 1935. Libéré par l’armée rouge en 1945, il siège rapidement au comité central de la SED où il devient chargé des questions de sécurité. Ulbricht, qui en fait son dauphin, lui confie la construction du Mur de Berlin. Implacable, Honecker ordonne aux gardes-frontières d’abattre tout fugitif. Honecker se brouille progressivement avec Ulbricht et le remplace à la tête de la SED en 1971. Il devient, en 1976, président de la RDA. Désireux d’y améliorer les conditions de vie, il œuvre à un rapprochement économique avec la RFA. Défavorable à la perestroïka russe, il affirme en janvier 1989 que «le Mur tiendra encore 100 ans ». Il doit démissionner en octobre quand ses ordres de tirer sur des manifestants ne sont pas suivis. Poursuivi pour son rôle dans l’exécution des fugitifs est-allemands, Honecker se réfugie à Moscou. Expulsé à l’été 1992, il est incarcéré à Berlin mais aucun procès n’aura lieu. Souffrant d’un cancer, il obtient sa libération en janvier 1993 et finit sa vie au Chili.

Erich Mielke

(1907-2000).Il doit s’exiler en 1931 à Moscou, où il reçoit un entraînement militaire, après avoir abattu deux policiers allemands, à la demande d’Ulbricht. A son retour en Allemagne en 1945, les Russes le chargent de bâtir une force de renseignement. «L’agent de Moscou» gravit rapidement les échelons du Ministère pour la sécurité de l’Etat qu’il dirigera de 1957 à novembre 1989. Employant jusqu’à 85.000 personnes et 100.000 informateurs, la Stasi épie les moindres signes de dissidence parmi la population. Après la réunification en 1990, Mielke ne sera pas inculpé pour ses activités au sein de la Stasi mais seulement poursuivi pour le double assassinat de 1931. Condamné en 1993 à 6 ans derme, il sera libéré deux ans plus tard.

Egon Krenz

(1937- …). Ce diplômé de l'école du Parti communiste allemand à Moscou devint le numéro deux de la RDA à partir de 1984. Réalisant que les réformes sont capitales à la survie de la RDA, Krenz prend ses distances d’avec Honecker et le remplace en octobre 1989. Il donne de légers signes d'ouverture : il promet d'assouplir les voyages à l’étranger, laisse publier dans la presse officielle des reportages plus francs et rend légal le mouvement d'opposition le Nouveau Forum. Sa décision de permettre la libre circulation entre la RDA et la RFA entraîne la chute du Mur. Krenz, qui refuse la réunification, quitte le pouvoir en décembre 89. C’est un des rares dirigeants est-allemands à avoir été sanctionné pour les crimes commis par la RDA. En 1997 il est condamné à 6 ans de prison pour complicité dans la mort de quatre fugitifs du Mur. Il est libéré en 2003 après trois ans de détention.

Mikhail Gorbatchev

(1931-…). Il accède à la tête de l’URSS en 1985. Désireux de relancer l’économie et la société soviétique, il promeut une politique de réforme (perestroïka). Il prévient les pays du bloc de l’Est que l'URSS n’interviendra pas militairement en cas de changement de régime. En visite à Berlin-est en octobre 1989, il est acclamé par la population, qui l’accueille aux cris de «Gorbi, aide-nous ». Le futur prix Nobel de la Paix met en garde Erich Honecker contre son immobilisme politique. «Quand on est en retard, on est puni par la vie ». Moscou lâche la RDA et n’empêche pas la chute du Mur. Adulé par l’Occident, Gorbatchev voit sa popularité s’effondrer en Russie. Confronté à un coup d’Etat raté et à la dislocation de l’URSS, il démissionne le 25 décembre 1991.